Alors que le vide politique plonge le pays dans l’aporie, Réagissez

Elwatan; le Samedi 18 Mars 2017
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Le pays est livré au droit de la force des milices armées dont chacune marque son territoire. Ainsi, deux importants groupes armés de la capitale libyenne ont désavoué, jeudi, un accord de trêve conclu sous l’égide du gouvernement d’union nationale (GNA) à Tripoli, où des combats ont de nouveau brièvement opposé des factions rivales, rapporte l’AFP.

Cet accord a été obtenu après quatre jours de combats dans la capitale libyenne. Les deux groupes ayant dénoncé l’accord de trêve sont connus pourtant pour leur appui au GNA. «Nous n’avons pas signé l’accord, même si nous ne sommes pas opposés aux efforts visant à arrêter l’effusion de sang», a indiqué sur sa page Facebook la Force mixte de dissuasion et d’intervention de Abou Slim, un quartier du sud de Tripoli.

Elle se dit déterminée à déloger de la capitale les milices venues de l’extérieur de Tripoli. «Les signataires auraient dû exiger la sortie de toutes les formations» armées «irrégulières, responsables de crimes. L’accord signé (...) ne nous représente pas», a indiqué de son côté un communiqué de la Katiba des Thowars de Tripoli, un groupe armé qui contrôle le centre de la capitale.

Plus tôt dans la journée, le GNA a annoncé un accord prévoyant un «cessez-le-feu immédiat», le départ des groupes armés de Tripoli dans un délai de 30 jours, ainsi que la libération des personnes arrêtées durant les affrontements. L’accord a été signé par les ministères de la Défense et de l’Intérieur du GNA et les chefs de groupes armés de Tripoli et Misrata, ville de l’Ouest libyen, d’où sont originaires plusieurs groupes armés présents dans la capitale, selon le texte. Des forces pro-GNA sont chargées de sécuriser des secteurs qui étaient contrôlés jusque-là par des groupes rivaux, selon l’accord.

Les forces pro-GNA ont réussi à gagner en influence dans la capitale en reprenant plusieurs secteurs à des milices rivales, dont celles fidèles à l’ancien chef du gouvernement non reconnu, Khalifa Ghweil, écarté du pouvoir après la formation du GNA. Les combats ont été déclenchés lundi après l’assassinat d’un des gardes d’une banque. Le GNA a obtenu le ralliement de certaines des milices depuis son entrée en fonction en mars 2016, mais plusieurs secteurs de Tripoli sont toujours hors de son contrôle. Entre-temps, la légitimité de ce gouvernement est en outre contestée par le maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort des autorités parallèles basées dans l’Est libyen.


Multitude de pouvoirs et de fractions

Plusieurs forces armées sont engagées dans la lutte pour asseoir leur pouvoir dans le pays. Pour schématiser, des dizaines de milices rivales originaires de plusieurs régions et aux allégeances et convictions diverses sont présentes à Tripoli (ouest du pays, ou la Tripolitaine). Certaines y appuient le GNA, à l’exemple de la Force de Radaa (dissuasion). Il s’agit de salafistes, principalement basés à l’est de la capitale. Ils font la police à Tripoli et arrêtent à la fois des trafiquants (drogue, alcool) et des personnes soupçonnées d’appartenir au groupe Etat islamique (EI). La Katiba Abou Slim contrôle surtout le quartier populaire de Abou Slim dans le sud de Tripoli. Des groupes basés à Tripoli sont fidèles au chef d’un gouvernement non reconnu qui était en place à Tripoli avant l’installation du GNA, Khalifa Ghweil. Ces milices sont hostiles à la fois au gouvernement d’union et au maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est libyen.

A Misrata, certaines milices sont pro-GNA et contrôlent des parties de la capitale et de l’Ouest libyen, dont Misrata et ses environs. D’autres, hostiles au GNA, sont alliées à des milices islamistes fidèles au mufti Sadek Al Ghariani, un chef religieux et à K. Ghweil. Elles sont également présentes dans la capitale ainsi que dans le Sud libyen, en particulier à Sebha. Des Misratis sont également présents à Syrte et ses alentours, qu’ils ont libérés de l’EI en fin d’année dernière. A Zentan, au sud-ouest, il est relevé des groupes chassés de Tripoli en 2014, pour finir par se replier dans leur ville. Hostiles aux courants islamistes, plusieurs d’entre eux affichent leur soutien au maréchal Haftar. Ils contrôlent des champs pétroliers dans l’ouest du pays. Les Amazighs, venus notamment des villes de Jado, Nalout et Zouara, contrôlent des quartiers dans l’ouest de Tripoli, ainsi que les deux points de passage à la frontière tunisienne, à savoir Ras Jedir et Dhehiba.

En Cyrénaïque (est), l’Armée nationale libyenne (ANL) de Khalifa Haftar maîtrise la grande partie de l’Est libyen, du Croissant pétrolier à la frontière égyptienne, à l’exception de Derna, contrôlée par une milice djihadiste pro-Al Qaîda. Elle a aussi une présence dans le sud, notamment à Koufra et aux alentours de Sebha. Elle est formée d’anciens officiers de l’armée libyenne, de miliciens, de combattants issus des tribus alliées et de salafistes. Le Conseil de la choura des révolutionnaires de Benghazi est composé de plusieurs milices islamistes, dont Ançar Al Charia, ayant formé une coalition pour faire face à l’offensive antidjihadiste de Khalifa Haftar. Il est appuyé depuis juin par les Brigades de défense de Benghazi (BDB), notamment constituées de milices de Misrata et de combattants islamistes chassés de Benghazi par l’ANL.

La Brigade des martyrs de Abou Slim, milice djihadiste proche d’Al Qaîda, contrôle Derna après en avoir chassé l’EI. Le Fezzan (centre et sud) constitue la zone de tous les trafics avec une mosaïque de forces tribales et ethniques en lutte pour le contrôle de la contrebande et des champs pétroliers. Les Touareg contrôlent notamment les frontières avec le sud de l’Algérie et la partie occidentale du Niger et les Toubous sont présents dans la zone frontalière avec le Niger, le Tchad et une partie du Soudan. De leur côté, les tribus arabes, dont celles de Sebha et de Koufra, soutiennent le GNA. Des affrontements réguliers opposent la minorité Toubou, alliée à Khalifa Haftar, à des tribus arabes qui soutiennent le GNA.

Categorie(s): monde

Auteur(s): Amnay Idir

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