Crise politique en Afrique du Sud, Réagissez

Elwatan; le Lundi 12 Fevrier 2018
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Le principal organe de décision du Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir en Afrique du Sud, se réunit en urgence aujourd’hui, a indiqué hier la formation, rapporte l’AFP citant une porte-parole dudit parti, Khusela Diko. «Une réunion du NEC (Conseil national exécutif) est prévue demain (aujourd’hui lundi) à Pretoria», a déclaré cette responsable, alors que les négociations pour obtenir un départ anticipé du président Jacob Zuma piétinent.

Engagé dans les négociations avec le président Zuma pour obtenir son départ, le vice-président sud-africain et nouveau chef de l’ANC, Cyril Ramaphosa, a déclaré mercredi dernier que les tractations seraient conclues «dans les jours qui viennent». Mais l’ANC a appelé samedi à «la patience», laissant entendre que le Président s’accroche toujours au pouvoir.

La présidence de Zuma, au pouvoir depuis 2009, est marquée par des scandales de corruption à répétition et une économie en berne, avec un taux de chômage record de 27,7%. «Nous sommes dans une période très difficile», a reconnu hier la secrétaire générale adjointe de l’ANC, Jessie Duarte. La nouvelle direction de l’ANC tente de se débarrasser au plus vite du président Zuma en prévision des élections générales de 2019. Le 4 février, elle lui a enjoint de démissionner. Le Président a répondu qu’il «n’irait nulle part», selon le trésorier général du parti, Paul Mashatile.

Selon les médias locaux, le Président demande notamment la prise en charge de ses frais de justice. Il est menacé d’être poursuivi pour 783 versements de pots-de-vin dans une affaire d’armement.

Son nom est aussi au cœur d’un énorme scandale de malversations et de corruption, impliquant une riche famille d’hommes d’affaires, les Gupta, à la tête d’un puissant empire industriel et médiatique. Le 29 décembre dernier, la Cour constitutionnelle de l’Afrique du Sud a indiqué que le Parlement doit agir et demander des comptes au président Zuma, concernant un scandale de corruption.

Le chef de l’Etat est accusé d’avoir fait rénover sa résidence de campagne aux frais du contribuable, pour un montant estimé à quelque 15 millions de dollars. «L’Assemblée nationale n’a pas demandé des comptes au Président», a déclaré le juge de la Cour constitutionnelle, Chris Jafta. «L’échec de l’Assemblée nationale à établir des règles sur la manière de forcer le président à un retrait (…) constitue une violation» de la Constitution.

La Cour a ordonné aux députés «de mettre en place un mécanisme qui pourrait être utilisé pour la destitution du Président de sa charge». Ce scandale a éclaté en 2016, quand la Cour constitutionnelle a accusé Jacob Zuma d’avoir violé son serment présidentiel en refusant de rembourser. Ce dernier a fini par accepter de verser 500 000 dollars, une somme fixée par le Trésor.

Lézardes

L’obstination du Président à refuser de démissionner a provoqué l’annulation de plusieurs rendez-vous politiques cette semaine. Et en premier, le discours annuel du chef de l’Etat devant le Parlement. Le pouvoir de Jacob Zuma a commencé à se fissurer en décembre avec l’élection de Cyril Ramaphosa à la tête de l’ANC. Le Président n’a pas réussi à imposer sa candidate, Nkosazana Dlamini-Zuma, son ancienne épouse. Depuis, Cyril Ramaphosa, qui a fait sa campagne sur la lutte contre la corruption, tente de faire tomber Jacob Zuma, mais il doit ménager toutes les sensibilités au sein de l’ANC, très divisé.

En cas de démission du Président, il lui succédera pour un intérim de 30 jours maximum, le temps pour le Parlement d’élire un nouveau chef d’Etat. Néanmoins, il ne peut pas lui accorder des passe-droits, au risque de se discréditer. Car il a promis de nettoyer le pays et l’ANC de la corruption. Et c’est sur la base de ce programme qu’il a été élu à la tête de l’ANC. Si le Président s’obstine à s’accrocher à son poste, le parti pourrait rappeler ce que l’ANC a fait en 2008 avec le président Thabo Mbeki.

Et s’il refuse encore de démissionner, l’ANC pourrait saisir le Parlement pour voter une motion de défiance ou engager une procédure de destitution. D’ailleurs, le Parlement débattra le 22 février d’une motion de défiance déposée par l’opposition, la neuvième contre le président Zuma depuis son arrivée au pouvoir. La dernière, en août, a échoué à 24 voix près. Les élections municipales d’août 2016 ont mis à nu la faiblesse de l’ANC. Elections où il a subi un revers important en réalisant son plus mauvais score national depuis la fin de l’apartheid en 1994.

En effet, il a enregistré un taux historiquement bas (moins de 54% au niveau national contre 62%, lors des élections locales de 2011) et perdu le contrôle de plusieurs grandes villes du pays, dont Johannesburg et la capitale Pretoria. Zuma est rendu responsable de cette défaite.
Le parti perd la confiance des populations et le chômage a atteint 27,7% dans une société où les inégalités sociales ne font que s’élargir, au point où l’archevêque Desmond Tutu, une des figures emblématiques de la lutte anti-apartheid, constate non sans amertume que le pays vit «un déclin moral».

Le 6 mai 2009, le chef de l’ANC, Jacob Zuma, est élu président par le Parlement, après la victoire de ce parti lors des élections générales. Il a évincé, fin 2007, de la direction de l’ANC le chef de l’Etat, Thabo Mbeki, qui l’avait limogé de la vice-Présidence deux ans plus tôt pour des accusations de corruption. Son deuxième mandat expire en 2019 et, conformément à la Constitution sud-africaine, il n’a pas le droit de postuler à un nouveau mandat.

Categorie(s): monde

Auteur(s): Amnay Idir

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