Crise politique en Espagne, Réagissez

Elwatan; le Samedi 2 Juin 2018
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Le socialiste Pedro Sanchez, du Parti socialiste (PSOE), ancien professeur d’économie, est devenu hier le nouveau président du gouvernement espagnol.

Celui que les Espagnols considéraient dans un passé récent comme un cadavre politique a su, cette fois-ci, prendre sa revanche, lui dont l’investiture à la tête du gouvernement avait été rejetée par les députés en mars 2016 avant qu’il ne réalise, en juin de la même année, le pire score de l’histoire du PSOE aux élections législatives.

Débarqué de sa formation à la suite de cette déroute électorale, il en a repris les rênes l’an dernier grâce au soutien de la base contre les barons du PSOE.

En réaction à la condamnation du Parti populaire (PP) dans plusieurs scandales de corruption, Pedro Sanchez a formé autour des 84 députés socialistes une majorité hétéroclite allant de Podemos aux indépendantistes catalans et aux nationalistes basques. Lors du scrutin qui a duré près d’une demi-heure, 180 députés de la Chambre basse du Parlement ont voté en faveur de la motion de censure et 169 élus contre. Une seule abstention est à dénombrer.

La majorité absolue était fixée à 176 voix sur les 350 députés présents. Jeudi, le Parti national basque (PNV) avait déjà annoncé qu’il voterait la motion de censure socialiste, faisant basculer de facto la majorité, du mauvais côté pour Mariano Rajoy. «Aujourd’hui (vendredi, ndlr), nous écrivons une nouvelle page de l’histoire de la démocratie dans notre pays», a déclaré le nouveau président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez.

Rajoy avait reconnu, avant même le vote, qu’une majorité des députés allait approuver la motion de censure déposée par le PSOE de Pedro Sanchez et porter ce dernier à la tête du gouvernement. «Nous pouvons présumer que la motion de censure sera adoptée. En conséquence, Pedro Sanchez va être le nouveau président du gouvernement», a-t-il signalé.

Caisse noire et fonds illégaux

Tout a basculé il y a deux semaines. Le 17 mai, la justice espagnole, après des années d’enquête, a condamné plusieurs dizaines de cadres du Parti populaire (PP) pour détournement de fonds dans l’affaire «Gürtel», durant laquelle le PP a été reconnu coupable d’avoir bénéficié de fonds obtenus illégalement.

Au total, les 29 personnes condamnées, dont une douzaine d’anciens élus du PP, ont écopé de 351 ans de prison. Selon les juges, la formation dirigée par Mariano Rajoy a bénéficié de fonds obtenus par des maires PP, qui ont truqué des marchés publics dans de nombreuses villes du pays, comme à Valence. Le système était bien rodé. Les responsables locaux exigeaient des entreprises qu’elles versent des pots-de-vin pour financer le parti, les campagnes électorales.

Et même, dans certains cas, des frais personnels. Ce qui aurait pu rester un scandale politique local est devenu un fait national lorsque la justice a mis en cause le président du parti conservateur (PP). Car les juges, qui ont souligné l’existence d’une caisse noire au sein du parti, ont directement mis en doute la «crédibilité» du témoignage de Mariano Rajoy, qui avait nié l’existence d’un tel système parallèle devant le tribunal.

Une page d’histoire se tourne en Espagne. Au pouvoir depuis décembre 2011, Mariano Rajoy, leadeur conservateur de 63 ans, avait jusqu’ici survécu à plusieurs crises majeures, de la récession, face à laquelle il a imposé une sévère cure d’austérité, aux mois de blocage politique en 2016 et très critiqué pour sa gestion de la crise catalane, a fini par payer son impopularité, et perdu peu à peu des soutiens qui lui permettaient d’avoir la majorité.

Il est le premier chef de gouvernement renversé par une motion de censure en Espagne. «Ce fut un honneur d’avoir présidé le gouvernement espagnol et de laisser l’Espagne dans une meilleure situation que celle dans laquelle je l’ai trouvée. J’espère que mon remplaçant pourra dire la même chose à son tour», a confié l’ex-chef de gouvernement, Mariano Rajoy.

Categorie(s): monde

Auteur(s): Ali Aït Mouhoub

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