Dominique Vidal. Auteur, journaliste au Monde diplomatique, spécialiste de la question israélo-arabe : Le Hamas reste le partenaire incontournable de quiconque souhaite une solution juste du conflit

Elwatan; le Vendredi 25 Decembre 2009
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Un an après l’offensive israélienne, la bande de Ghaza subit toujours les conséquences du blocus imposé par Israël et les Occidentaux. Et si les habitants n’ont pas pu entamer la reconstruction de leur ville, c’est que les matériaux indispensables ne peuvent pas pénétrer.
Il en va de même pour de nombreux produits de consommation courante, voire alimentaires. Sans rien dire des médicaments indispensables au traitement des maladies, y compris graves. Dans ces conditions, les centaines de tunnels qui relient la Rafah palestinienne à la Rafah égyptienne sont le seul moyen, pour les Ghazaouis, de se procurer ce qui est indispensable à leur survie. C’est le dernier oxygène qu’ils peuvent respirer.
Si l’Egypte devait véritablement construire un mur rendant impossible l’utilisation de ces passages, elle se rendrait complice de la politique d’Israël visant à affamer le million et demi d’habitants de la bande de Ghaza. Ce faisant, les dirigeants du Caire s’inscriraient eux-mêmes sur la liste des criminels de guerre que la Cour pénale internationale, j’en suis convaincu, jugera un jour.

Il serait par ailleurs injuste de faire porter au seul Hamas la responsabilité de la situation à Ghaza. Après tout, le mouvement islamiste a gagné, en janvier 2006, les élections législatives palestiniennes. Et l’Occident, qui avait exigé la tenue de ces élections et vérifié leur caractère démocratique, a refusé d’en reconnaître les résultats. Il n’a accepté de traiter ni avec le gouvernement Hamas issu des élections ni avec le gouvernement d’union nationale Fatah-Hamas constitué en 2007. Pourtant, ce dernier se fixait explicitement pour objectif la constitution d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël. Cela n’a pas empêché Israël d’imposer un embargo criminel, que les Etats-Unis et l’Union européenne ont appliqué à leur tour.

Pour ce blocus, comme évidemment pour son opération meurtrière d’il y a un an, Israël porte donc, avec ses complices, la principale responsabilité dans la tragédie de Ghaza. Il faut malheureusement ajouter à la liste l’Autorité palestinienne qui, loin de manifester sa solidarité à Ghaza assiégée, s’est efforcée, elle aussi, de renverser le pouvoir du Hamas. Si ces événements ont sans doute affaibli le Hamas, dont la répression brutale contre son opposition a également entaché l’image, le mouvement islamiste n’en reste pas moins le partenaire incontournable de quiconque souhaite une solution juste du conflit israélo-palestinien.

Dans l’histoire de leur mouvement de libération nationale, les Palestiniens ont connu quelques grands succès et beaucoup de revers. Mais tous ceux qui ont pronostiqué leur écrasement se sont trompés. Il n’y aura pas de «pacification» ni à Ghaza, ni en Cisjordanie, ni à Jérusalem-Est tant que les Palestiniens n’auront pas, comme les Israéliens, droit à leur propre Etat où ils pourront vivre en liberté.

Categorie(s): dossier

Auteur(s): Zouheir Aït Mouhoub

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