Eviter la catastrophe

Elwatan; le Mardi 21 Decembre 2010
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Où en est l’application de l’Accord d’association liant l’Algérie et l’Union européenne depuis 2002, et en vigueur depuis 2005 ? La question revient souvent à l’occasion de chaque réunion du Conseil d’association chargé de faire un état des lieux, des rapports d’étape comme on les appelle. Beaucoup a été dit, notamment par les Algériens, sur les six années d’application de cet accord, conscients de ce qu’ils allaient perdre en termes de droits de douane, mais persuadés que la compensation, sans que cela soit considéré comme tel, interviendrait sous la forme des fameux IDE (Investissements directs étrangers), susceptibles d’avoir un impact au niveau de l’emploi et du management notamment. Leur niveau était décevant.

L’Europe qui est passée de quinze à vingt-sept membres, il faut bien le relever, car cela aura un impact dans sa relation avec l’Algérie, ne manque pas d’arguments, mais le courant a du mal à passer. Et cette fois apprend-on, l’Algérie a demandé un report de 2017 à 2020 du délai du démantèlement total des barrières douanières. Des aménagements sont souvent apportés à des accords internationaux pour des raisons diverses. Et si l’Algérie intervient de cette manière, c’est pour permettre à ses entreprises d’affronter cette perspective qui risque, d’être effectivement dure pour elles. Et même trop dure pour certaines d’entre elles, la question se posant en termes de survie. Comment faire en effet face à des économies rodées, et amorties pour la plupart d’entre elles ? Un sursis en quelque sorte, et que peuvent au juste trois années, si une période bien plus longue n’a pas suffi ?

La question se pose depuis le jour où l’Algérie a entamé les négociations en 1994, quelques mois à peine après son accord avec le FMI. C’est donc un pays en crise multidimensionnelle disait-on à l’époque qui a décidé de franchir le pas dans un espace où la marginalisation aurait été plus pénalisante, avec un contexte qui n’accordait aucune concession, avec un accord-cadre, et une politique des quotas qui a fait beaucoup de mécontents de ce côté de la Méditerranée. Les négociations ont été marquées par leur durée plus longue que la moyenne, mais l’Algérie avait intérêt à ne pas aller trop vite, son économie étant menacée par une levée brutale et mal organisée des barrières douanières.Lors de sa signature en 2002, un ministre dira que «tout ce que l’Algérie aura perdu c’est une économie obsolète».

Juste pour ne pas parler des gains, comme s’ils étaient dérisoires ou inexistants, et que si on devait en parler ainsi, c’est l’obligation faite aux Algériens de développer leur économie. Et pour beaucoup de spécialistes, cela suppose des choix clairs et une réelle lisibilité. On ne peut pas, selon eux, parler de mise à niveau et de privatisation, encore qu’il n’y a pas incompatibilité entre libéralisme et secteur public, de nombreux pays économiquement développés ayant l’un et l’autre. Que se passe-t-il donc pour qu’un nouveau délai soit demandé pour les entreprises algériennes ? Seront-elles prêtes en 2020 ?

Categorie(s): edito

Auteur(s): Mohammed Larbi

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