Fronton : Parler et lire

Elwatan; le Samedi 2 Juillet 2016
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Récemment, en zappant, je suis tombé sur un reportage en provenance des Emirats arabes unis. C’était sur la chaîne Chourouk-News. Un groupe ou une association d’Algériens, vivant dans ce pays, a lancé une campagne sur le thème «A’hdar Djazaïri» (Parle algérien) avec un spot apparemment lancé sur internet. On y voit notamment la grande écrivaine Ahlam Mosteghanemi et l’attachant footballeur Madjid Bougherra soutenir cette action.

On imagine ce qui motive ces compatriotes vivant dans des milieux cosmopolites. Tous ceux qui ont vécu à l’étranger le savent : la langue maternelle est l’ultime présence de la patrie. Et ce n’est pas sans raison que l’exil a inspiré tant de nos chansons. Les deux présentateurs sur le plateau ont accueilli l’info avec sympathie, souhaitant même à la journaliste économique qui entrait un «saha f’tourek» appuyé. Par contre, le commentateur en voix off du reportage a cru bon d’affirmer que «notre parler algérien est un des plus difficiles» ! Difficile en quoi ? Et difficile pour qui ?

Quand un Algérien rencontre un étranger, souvent il se sent obligé d’adopter sa langue et sa façon de parler. Mais ce qui peut passer pour un acte de courtoisie – et l’est en partie – peut relever autre chose et, pour tout dire, un complexe qui s’est enraciné, notamment par rapport aux autres parlers arabes. Pourtant, tous sont aussi des usages locaux de la langue classique avec des particularismes dus à l’histoire et la géographie. En quoi, par exemple, le parler égyptien, qui transforme d’ailleurs les «jim» en «ga», serait-il plus facile que l’arabe dialectal algérien ? Il y aurait tant à dire à ce sujet et d’abord sur le mépris masochiste de notre identité, exprimée en arabe ou en tamazight. Un refus de soi favorisé depuis l’indépendance !

Mais l’été arrive et, délaissant la zapette, je vais tenter de voyager sur les routes de la lecture. Une pile de livres m’attend qui me culpabilisait chaque soir. En tête de liste, une bio de Winston Churchill que mon défunt père admirait tellement. L’homme qui a eu le courage de dire à son peuple, alors que l’Angleterre était au bord de l’effondrement : «Je n’ai rien d’autre à vous offrir que du sang, de la douleur, des larmes et de la sueur.»

Et il a su ainsi mobiliser remarquablement les Anglais dont le Brexit et les hooligans donnent aujourd’hui une toute autre image. En deuxième position, ce roman du toujours étonnant finlandais Arto Paasilinna, Le meunier hurlant. Puis Pluies d’or de Mohamed Sari, dont la lecture de l’interview m’a intéressé. Et d’autres encore que je lirai en pensant aux «Zinzins de la Lecture» de Jijel qui, durant le Ramadhan, se sont distingués par des rencontres littéraires passionnantes.

N’oubliez pas deux choses. Plus les temps sont durs et plus l’humour devient une thérapie de résistance. Et il n’y a plus de véritables vacances qu’en se passant de son téléphone portable. Mais sans doute, la première des choses est-elle plus facile à réaliser...

Categorie(s): arts et lettres

Auteur(s): Ameziane Ferhani

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