Il menace ses alliés de nouvelles taxes, Réagissez

Elwatan; le Lundi 11 Juin 2018
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Le Premier ministre y avait dénoncé les tarifs douaniers «insultants» imposés par Washington sur les exportations canadiennes d’acier et d’aluminium, confirmant qu’il irait de l’avant avec des mesures de représailles. «Le Premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a agi de façon si docile et si douce pendant notre rencontre du G7 (...) pour dire ensuite qu’il ne se laisserait pas bousculer. Très malhonnête et faible», a répliqué Donald Trump sur Twitter.

En raison des «fausses déclarations» de Justin Trudeau et du fait que le Canada facture des tarifs «énormes» aux fermiers américains, M. Trump a ordonné aux représentants américains de ne pas appuyer le communiqué final. Il a rédigé ses deux messages acrimonieux alors qu’il se trouvait à bord d’Air Force One, en route vers Singapour où il doit rencontrer le leader nord-coréen dans deux jours.

Le président a en outre menacé d’imposer de nouveaux tarifs douaniers sur les exportations d’automobiles du Canada qui «inondent» le marché américain. Cette surtaxe pourrait coûter des milliards de dollars aux producteurs canadiens et allemands si elle venait à se matérialiser.

Le but de ce sommet du G7 était, entre autres, de trouver justement un compromis sur cette question de taxes, qui a jeté un froid sur les relations entre Washington et le Vieux Continent. Les Etats-Unis sont le premier marché étranger pour les marques européennes de voitures. Les droits de douanes actuels sont effectivement différents entre l’UE et les Etats-Unis.

L’Europe taxe les importations de voitures hors UE, donc américaines, de 10%. Aux Etats-Unis, les Audi, Volkswagen et autres voitures étrangères sont frappées d’une taxe de 2,5%. «Pas étonnant que l’Allemagne nous vende trois fois plus de voitures que nous en exportons vers elle», a écrit le conseiller pour les questions commerciales de Donald Trump, Peter Navarro, dans une tribune récente dans le New York Times.

Messages acrimonieux

Le cabinet du Premier ministre Trudeau n’a fourni qu’une brève réaction à la volte-face de Donald Trump. «Nous nous concentrons sur tout ce que nous avons accompli ici au sommet», a indiqué son directeur adjoint des communications, Cameron Ahmad. «Le Premier ministre n’a rien dit qu’il n’avait pas dit auparavant — tant en public que dans ses conversations privées avec le Président.»

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a estimé de son côté que le président américain avait «détruit» une grande partie de la confiance entre les Etats-Unis et l’Europe en retirant a posteriori son soutien à l’accord final du sommet du G7. «Vous pouvez détruire très rapidement une quantité incroyable de confiance dans un tweet. Cela rend d’autant plus important pour l’Europe de rester unie et de défendre ses intérêts de façon encore plus offensive», a tweeté M. Maas. «L’Europe unie est la réponse à l’Amérique d’abord», a-t-il ajouté.

Quoi qu’il en soit, un tel désaveu par un pays membre du G7 d’un communiqué final, quelques heures après sa ratification, constitue une première dans l’histoire de cette organisation. Ce rebondissement, faut-il le rappeler, survient au terme d’un sommet marqué par le suspense et l’imprévisibilité. Donald Trump avait lancé vendredi une salve d’attaques contre Justin Trudeau sur Twitter, quelques heures avant le début de la rencontre, piqué au vif par d’autres commentaires du Premier ministre sur le dossier du commerce.

Le président des Etats-Unis avait menacé jusqu’à la toute dernière minute d’annuler sa présence au Québec, pour finalement arriver avec une heure de retard au Canada. Il s’est entretenu avec Justin Trudeau en privé quelques heures plus tard et a semblé même ravi par leurs échanges. Le mécanisme précis, qui permettra aux Etats-Unis de se désister d’un communiqué ratifié à peine quelques heures plus tôt par les pays du G7, reste inconnu. Pour la presse canadienne, «ce rebondissement est d’autant plus déchirant pour le Canada que bien peu d’observateurs s’attendaient à ce que le groupe des sept accouche d’une déclaration commune, tellement les tensions étaient vives».

Le communiqué diffusé samedi soir par le bureau du G7 présentait 28 engagements des pays signataires dont celui de «promouvoir un ordre international fondé sur des règles». Ce communiqué obtenu à l’arrachée mentionne aussi «le rôle crucial d’un système commercial international fondé sur des règles» et la poursuite de «la lutte contre le protectionnisme» — deux des principaux reproches formulés à l’endroit des Etats-Unis par leurs alliés du G7. Il est clair que depuis le début, Donald Trump — qui se définit comme un protectionniste pur et dur — ne voulait pas d’un tel compromis.

 

Categorie(s): monde

Auteur(s): Aniss Z.

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