Khaled (chanteur) : «Ne laissez pas la clé aux imbéciles»

Elwatan; le Jeudi 13 Decembre 2007
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Khaled nous a reçu dans sa chambre, à quelques minutes seulement de son concert donné mardi dernier en soirée à l'hôtel Hilton.
-On a un peu perdu votre trace depuis quelques temps et, on peut dire aussi, celle du raï en France…
- Il est vrai que j'ai pris un peu de recul pour diverses raisons. Mais je vous rassure, c'est pour mieux me consacrer à la musique. Le raï a souffert de contrefaçons et certains majors ont pensé pouvoir mettre les artistes «dans un tiroir». Vous savez que j'ai été en conflit avec ma maison de disques pendant trois ans. Mon dernier album n'a pas bénéficié de la promotion qu'il méritait alors que c'était un disque magnifique avec des titres de Jean-Jacques Goldman. Ça m'a fait mal parce qu'il n'y a pas eu de promotion véritable et surtout de travail en direction de la presse, etc. J'ai changé de label, on a renégocié le contrat. Après, j'ai été frappé par la foudre avec des problèmes personnels qui me sont tous arrivés en même temps : les impôts, les difficultés familiales. Heureusement, je n'ai pas déraillé. Je suis un raï man ! Aujourd'hui, je reviens avec mon premier best of, sorti le 25 novembre dernier. Cette première compilation est un peu l'histoire de Khaled. Une rétrospective dans laquelle est réuni le meilleur de tous mes albums studio. Ce best inclut également deux titres inédits dont Mon premier amour, single au beat hip hop et La terre a tremblé écrite par Christophe Miossec. On y retrouve aussi Benti, enregistré avec Melissa, l'interprète du magnifique Elle.
- Mais en dehors de la diffusion de vos disques, il y a la scène, comme ce soir à Oran. Où en êtes-vous sur ce plan ?
- Effectivement, je suis constamment en tournée. Là, je reviens de Mexico, avec une halte surprise à Alger sur une invitation de Djezzy avant de repartir en Hollande, puis Tokyo… En fait, je suis un artiste qui n'aime pas connaître les dates de ses concerts. Mes managers, ma femme et Salah Bekka s'occupent de tout et je vais là où ils me demandent de partir… Il m'est même arrivé de ne rencontrer mes musiciens qu'une fois sur scène…
- Une tournée nationale a été maintes fois annoncée en Algérie. Mais c'est à chaque fois reporté
ou démenti ? Quelles sont les raisons de cet état de fait ?
- Cela me fait mal de le dire, mais malheureusement, ce n'est qu'en Algérie que j'ai des problèmes pour me produire.
- On ne veut pas de Khaled chez lui ? Est-ce aussi systématique que cela ?
- Si au moins on me l'avait dit ! Mais c'est des problèmes qui ne disent pas leur nom. Cela fait deux ans maintenant que l'on fait des demandes à toutes les institutions concernées alors que tout est mis en place à mon niveau. On se heurte à un mutisme incompréhensible des responsables de la culture concernés. C'est pour cela que je n'ai aucun autre élément à vous donner et je ne peux que constater. En ce qui me concerne, j'ai hâte de sillonner mon pays pour aller à la rencontre de ceux qui ont fait Khaled. Je ne renierai jamais ceux qui m'écoutent et m'applaudissent. Par cette tournée pour laquelle on se bagarre, je veux non seulement aller à la rencontre de mon public, mais aussi, faire découvrir ou redécouvrir la véritable image de l'Algérie, celle d'un pays chaleureux, et imprégné des valeurs universelles.
- Mais où en êtes-vous concrètement aujourd'hui par rapport à ce projet de tournée ? Peut-on parler de préparatifs ou annoncer au moins une période ?
- Ecoutez, je ne peux vous dire qu'une seule chose : «J'attends que s'ouvre le tiroir dans lequel se trouve ma demande de chanter chez moi…»
- Revenons à votre actualité. Parlez-nous de votre nouvel album…
- Ce sera un album varié et plein de surprises. On y explore des univers musicaux très différents. Je m'abreuve toujours aux sources du raï avec la modernité d'aujourd'hui. Vous verrez ainsi du raï mêlé à de la musique orientale, à du rock et à de la musique espagnole. J'ai même introduit du ragga un métissage entre le reggae et le raï. Pour ce faire, j'ai été en Jamaïque pour y travailler avec des musiciens de là bas. Il y aura aussi une incursion dans la musique turque…. Aujourd'hui, toutes les musiques se mélangent, c'est un langage universel. Le raï ne fait pas exception ! C'est une musique qui accepte d'être amalgamée à d'autres styles. Cependant, on ne peut pas dire que toutes les fusions faites jusque-là sont bonnes. Il faut bien choisir le style avec lequel on veut fusionner. La voix et les paroles ont aussi leur importance. Il faut beaucoup de travail et il faut être sélectif.
- Quelle est la place du raï dans ce nouvel album ?
- Toujours à sa place. C'est la locomotive dans tout ce que je compose et entreprend mais j'essaye d'aller à la rencontre d'autres «civilisations» musicales. Apprendre et faire connaître en quelque sorte …
- Quel regard portez-vous sur l'Algérie
d'aujourd'hui ?
- En Algérie, les gens ont souffert pendant de longues années. Et aujourd'hui, je rends particulièrement hommage à tous ceux qui ont résisté et qui n'ont pas cessé un instant de croire en leur pays. Certes le plus dur est derrière nous mais il reste le plus important : redonner l'espoir à la jeunesse du pays. Un grave problème nous donne toute l'étendue du chemin qui reste à faire. Quand des jeunes risquent leur vie en fuyant leur pays à bord de bouées et de barques pour aller «vivre mieux ailleurs», il faut tirer la sonnette d'alarme très vite...
- Justement, avez-vous un message à adresser aux jeunes Algériens ?
- Je n'ai aucune leçon à donner sinon que chacun doit lutter comme il peut pour améliorer sa vie dans son pays. Les jeunes doivent savoir que c'est pire ailleurs. La condition de certains privilégiés ne doit pas être prise comme règle ou modèle… Il ne faut pas laisser la clé aux c…
- Et aux jeunes chanteurs, que conseillerez-vous ?
- Je pense que la clé de toute réussite, c'est beaucoup de patience, de volonté et d'efforts. Pour ce qui est du raï, je dirais qu'il faut chanter ce qu'on ressent et non pas essayer de ressentir ce qu'on chante. Les paroles, la musique et tout le reste ne sont finalement qu'un sentiment qu'on traduit en musique et en chant. C'est le conseil que je donnerais à tout chanteur de rai débutant
- Vous parliez de Iddir. Avez-vous pensé à chanter un jour en kabyle …
- C'est mon rêve le plus cher et je pense le réaliser plus vite que vous ne le pensez. Deux grands artistes kabyles m'ont contacté pour un duo avec eux où je chanterai prochainement en kabyle. Nous sommes constamment en contact et un jour je chanterai tout seul. J'ai bien chanté en français et en anglais, alors dans une des langues de mon pays ça devient urgent…
- Vous devez rentrer sur scène, je vous laisse le soin de conclure ce bref entretien.
- J'ai tellement de choses à dire… Je me contenterai de remercier mon public algérien avec qui je ne désespère pas de renouer très bientôt…

Categorie(s): arts et lettres

Auteur(s): Ahmed Ammour

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