Khouloud, 18 ans, veut devenir journaliste malgré tout

Elwatan; le Vendredi 25 Decembre 2009
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«Cette année, je passe le bac dont m’ont privé les Israéliens, et un jour, je serai journaliste.» Khouloud Essissi, 18 ans, marche aujourd’hui avec une béquille et une prothèse en guise de jambe gauche.
Cette jeune Palestinienne fait partie des 1606 enfants blessés pendant l’opération «Plomb Durci». Nous l’avons rencontrée chez elle, dans une des ruelles labyrinthiques de Jabalia, le plus grand camp de réfugiés de la bande de Ghaza. Son père, la cinquantaine passée, nous accueille avec un large sourire. La maison est précaire, la toiture faite de plaques d’amiante, matériau cancérigène et interdit dans plusieurs pays du monde. Nous entrons dans ce qui devrait être le salon. Une petite chambre propre avec quelques chaises en plastique. Malgré le manque d’argent, Khouloud, seule fille de la famille aux côtés de ses cinq frères dont l’un est son jumeau, a toujours été bien traitée. Elle se préparait à passer son bac.

Grâce à la présence de son infirmier, qui l’a mise en confiance, cette jeune brunette au sourire timide s’est confiée. Elle se souvient de tous les détails de cette nuit-là, lorsqu’un obus aveugle est tombé sur sa maison, arrachant l’un de ses membres inférieurs. «Nous nous étions pourtant réfugiés dans ce qui nous semblait la pièce la plus sûre, raconte-t-elle. Avec mes trois frères mariés et leurs femmes, venus chez nous, pensant qu’ils étaient plus à l’abri ici qu’à Ghaza, nous étions neuf. Et puis l’obus est tombé et est venu me prendre ma jambe. Je l’ai vue se détacher de mon corps. J’étais parfai tement consciente. Des voisins ont accouru et m’ont emmenée en voiture à l’hôpital où j’ai été opérée en urgence.

On m’a amputée au niveau de la cuisse gauche. Je suis restée trois jours seulement à l’hôpital parce que les médecins avaient besoin de lits.» Pour bénéficier d’une prothèse, ses parents l’ont inscrite sur les listes de plusieurs organisations non gouvernementales. «Trois mois après l’amputation, j’ai pu aller à Dubaï où on m’a confectionné une jambe artificielle. J’y suis restée un mois. Malheureusement, j’ai en ce moment beaucoup de difficultés avec ma prothèse. Les médecins ont essayé de me l’arranger à Ghaza, mais sans résultat. Ils disent qu’il m’en faut une autre et je ne sais pas comment faire.»

Malgré toutes ses douleurs corporelles et psychiques, Khouloud ne s’est pas isolée. Ses amies d’enfance, avec lesquelles elle jouait dans cette ruelle étroite, sont toujours à ses côtés. Ses amies d’école aussi. «Je pense que c’est mon destin et je l’accepte de bon coeur. Une partie de moi m’a précédée au paradis. Pourquoi devrais-je être triste ? Je ne me suis pas retranchée dans mon coin.» Elle veut «continuer à vivre le plus normalement possible». Et devenir journaliste. «Car personne ne peut traduire la souffrance des autres comme celui qui l’a personnellement ressentie.»

Categorie(s): dossier

Auteur(s): Fares Chahine

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