L’appel inattendu

Elwatan; le Jeudi 11 Aout 2016
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Le président du Conseil de la nation a été notamment le plus clair, dans son discours de clôture de la session de printemps, intervenue le mois dernier, en prévenant de «ne pas aller loin dans les jugements sur la situation que connaît le pays». Ces propos mémorables, car émanant du perchoir du Parlement, étaient destinés à ceux qui porteraient des «thèses et visions erronées et dressent un tableau sombre et chaotique de la situation». Le coup de semonce, qui avait fusé des institutions symbolisant le débat et le respect des avis divergents, n’avait pas manqué d’alourdir un climat général déjà délétère. Cela avait refroidi plus d’un acteur de la vie nationale, d’autant plus que la conjoncture était celle de l’emprisonnement et la condamnation des gens des médias.  

Cependant, c’est une autre institution de l’Etat qui vient d’inviter les pouvoirs publics à revenir à la vraie vie, celle des citoyens qui luttent au quotidien contre la paupérisation rampante. Dans son bilan du 2e trimestre de l’année en cours, la Gendarmerie nationale constate que la «situation sociale reste préoccupante et demeure marquée par la récurrence des contestations à caractère social». Les informations portées dans ce bilan attestent que les correspondants de presse n’ont pas tout faux et que les problèmes d’accès à l’emploi, au logement et à l’alimentation en eau et en énergie ne participent pas d’une «vision erronée» de la situation mais d’un vécu, amer et intenable, d’une majorité d’Algériens. Tout en considérant que ces préoccupations doivent constituer une «priorité des pouvoirs publics», le document de la gendarmerie suggère, en filigrane, les limites de l’emploi de la force publique dans la gestion des accès de fièvre sociale. Sur 429 cas de troubles à l’ordre public, seules 11 réquisitions de ce corps de sécurité, avec «moyens de maintien de l’ordre», ont été enregistrées lors de la période citée. Un peu plus de deux cas sur 100 sont «traités» par un recours à la force. Ils ne seront pas pour autant résolus, tout comme les autres situations où les citoyens descendus dans la rue sont livrés à l’indifférence des autorités, assemblées élues et administration.

Cet appel inattendu provenant de la Gendarmerie nationale en direction des pouvoirs publics, priés de revoir l’agenda des priorités, risque de ne pas produire l’effet escompté dans un contexte où les services déconcentrés de l’Etat sont intégralement engagés dans l’effort de réduction des dépenses, synonyme précisément d’une précarisation accrue de larges franges de la population. Le retour d’écoute des assemblées locales est encore plus problématique, à l’heure des préparatifs tous azimuts des prochaines élections. Entre réduction des transferts sociaux et nouveaux mirages électoraux, les citoyens n’auront immanquablement que la rue pour faire entendre leur voix.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Djaffar Tamani

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