L’ère de la reddition

Elwatan; le Jeudi 18 Aout 2016
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La ministre de l’Education nationale pouvait s’attendre à la grogne des syndicats à la rentrée prochaine, mais pas à devoir composer avec les résolutions de l’université d’été des oulémas, prévue fin août. Plus à l’aise dans la défense de leurs choix devant les effets de la crise économique, les plus hautes autorités du pays se répandent en concessions et dénégations face aux détracteurs de la réforme du système éducatif engagée par Mme Benghebrit. La dernière réponse du Premier ministre à ces courants politiques, qui ne prennent jamais de congé, peut se résumer à ceci : «Vous avez raison sur toute la ligne. Nous ne toucherons à rien.»

Et à M. Sellal de préciser que «l’"éducation islamique" ne s’appellera jamais "éducation morale" dans les programmes scolaires», pour enrayer ainsi tout motif de colère dans le camp islamiste. Après avoir longtemps campé le rôle de résistant, le pouvoir politique entre de plain-pied dans l’ère de la reddition, abdiquant sans livrer bataille. Pourtant, les arguments produits dans les milieux embusqués ne tiennent pas la route et s’effondrent d’eux-mêmes. En affirmant que la motivation du rejet de la réforme de l’école est de «sauver l’avenir des générations futures», on suggérerait que le sort des générations actuelles est réjouissant et fameux dans le monde. Il suffit d’interroger les professeurs d’université pour savoir que la majorité des étudiants a du mal à ânonner le contenu des modules scientifiques. Les diplômés algériens, qui se sont illustrés — il faudra se résoudre à parler au passé — dans les centres de recherches à l’étranger, ont été formés au temps où l’on pouvait acheter des manuels Vuibert de mathématiques et de physique dans la librairie du coin ou à la Foire du livre à Alger. La proposition de la ministre d’inclure un glossaire bilingue dans les manuels scientifiques au lycée est une solution de pis-aller et ne peut garantir aux futurs étudiants un cursus optimal. Du reste, toutes les propositions gouvernementales seront réduites en pièces lors des tirs de barrage annoncés pour les prochaines semaines. La préservation de l’identité nationale est, étonnamment, brandie par les mêmes milieux théologiques et conservateurs.

On attendait, à ce sujet, l’avis des militants de l’amazighité qui réclament la mise en œuvre dans les faits de la récente officialisation de cette langue séculaire. Il n’y a, par ailleurs, pas un grand contenu à «préserver» dès lors que les références algériennes ne représentent que 2% des programmes scolaires, selon une déclaration de la ministre de tutelle faite en mars dernier. Aucune véritable réforme de l’école n’est possible tant que l’on considère, au sein du pouvoir et dans de larges pans de la scène politique, que l’urgence n’est pas d’inculquer le savoir aux élèves mais de leur assurer une éducation religieuse jusqu’à l’âge adulte et aux portes de l’université. Aucune voix ne s’était élevée dans le secteur de l’éducation ou dans les milieux politiques quand le «seuil» des programmes concernés par les examens du bac éliminait les cours sur les statistiques et les probabilités. L’enseignement de celles-ci, selon des experts, les vrais, «constitue un enjeu essentiel pour la formation du citoyen, lui donnant des outils pour comprendre l’information chiffrée, décider de façon éclairée et participer au débat public».

Categorie(s): edito

Auteur(s): Djaffar Tamani

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