Les malades diabétiques inquiets, Les programmes d’importation des bandelettes de dosage de glycémie bloqués

Elwatan; le Mercredi 16 Mai 2018
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Après avoir été libérés en avril dernier pour seulement cinq importateurs, puis restitués en l’espace d’une semaine à la demande de la direction de la pharmacie au ministère de la Santé, les programmes prévisionnels d’importation des bandelettes réactives de dosage de la glycémie sont toujours bloqués sur instruction du ministre de la Santé, le Pr Mokhtar Hasbellaoui, en attente des résultats d’une enquête sur le marché national lancée en collaboration avec le ministère de l’Industrie, avons-nous appris d’une source proche du dossier.

Ce qui a suscité une vive inquiétude des associations des malades et des opérateurs de la pharmacie quant à la disponibilité de ce produit dans les prochains mois. Estimé à 140 millions d’euros, le marché des bandelettes d’autosurveillance, qui avoisine les 13 millions de boîtes par an, est répartis sur une dizaine d’importateurs, dont trois détiennent 75% du marché, en l’occurrence Roche diagnostics, Life Sacan et Ascencia Diab Care, qui comptabilisent, pour l’année 2017, selon les statistiques de IMShealth, respectivement 27%, 26% et 25% des parts du marché, suivis de Vital Care avec 13%, Bionime 6%, Kinane 2%, Biomédic 1% dont l’usine est entrée en fabrication le premier trimestre 2018 et Vivachec 0%.

L’arrivée des deux producteurs nationaux Biomédic à Constantine et Salam à Sétif en 2018 semble avoir perturbé les calculs et les prévisions de la direction de la pharmacie, puisque les programmes ont été libérés pour les cinq opérateurs qui comptabilisent les 20% du marché et disposent d’agréments pour la fabrication, dont les usines n’ont pas encore vu le jour, et le reste sera assuré, d’après eux, par les deux producteurs qui garantissent couvrir 8 millions de boîtes. «La décision d’attribuer les programmes a été prise sans l’aval du ministre, qui avait pourtant exigé de vérifier toutes les données relatives à ce marché pour le sécuriser, tout en privilégiant la production nationale.

Ce qui a amené à prendre la décision de restitution de ces programmes et une enquête est toujours en cours afin de vérifier tous les aspects liés à l’importation et surtout à la production nationale pour qui certaines conditions doivent être absolument réunies», assure notre source qui n’a pas manqué de souligner que le ministère de l’Industrie, tenu de suivre de très près ces projets d’investissement, remettra son rapport dans les prochaines 24 heures au ministre de la Santé.

«C’est sur la base de ce rapport et surtout les informations qui seront recueillies sur la moyenne de ce qui a été réalisé sur les trois années passées par chaque opérateur, en plus du nombre de bandelettes remboursées par la Sécurité sociale, que ces programmes seront signés et remis aux opérateurs avant la fin du mois en cours.» Par ailleurs, des sources affirment que la restitution des programmes serait liée à des pressions faites par des opérateurs sur le ministère de la Santé pour faire bénéficier d’autres entreprises de l’importation des bandelettes. L’une de ces entreprises aurait même déposé le programme d’importation en février 2018, alors que la date limite des dépôts avait été fixée au 14 octobre 2017.

Au-delà de cette date, aucune demande n’a été prise en compte. «Nous sommes tenus de respecter la réglementation en vigueur et notre seul souci est d’assainir le marché et assurer une régulation pour satisfaire les besoins», a ajouté notre source qui écarte toute intervention extérieure pour favoriser un opérateur sur un autre. «Des instructions ont été justement données pour un respect rigoureux de la réglementation en la matière», a encore souligné notre source qui signale que «d’ici 2019, il n’y aura plus d’importation de bandelettes d’autosurveillance».

Pour les importateurs de bandelettes, tout reste dans le flou. «On ne comprend pas ce qui arrive. Nous sommes parmi ceux qui ont déposé une demande d’agrément pour la fabrication et nous n’avons pas eu de programme, alors que nous couvrons une grande partie du marché depuis des années. Nous respectons le choix du gouvernement d’encourager la production nationale, mais nous devons être informés de ce qui se fait pour prendre nos dispositions. Notre fournisseur a déjà fabriqués pour nous des bandelettes avec un packaging spécifique à l’Algérie qui attend pour être livré, mais on ne sait pour quand. Nous n’avons plus de réponse à fournir, parce nous ne savons rien», nous confie un importateur dont la part du marché dépasse les 20%. Il nous apprend qu’un recours a été introduit auprès de la direction de la pharmacie au ministère de la Santé.

De son côté, Fayçal Ouhada, de l’Association des diabétiques de la wilaya d’Alger, s’inquiète quant au risque d’indisponibilité des bandelettes au niveau du territoire national dans les prochaines semaines. «Un million de patients diabétiques utilisent des lecteurs et des bandelettes depuis des années et aujourd’hui les stocks sont très réduits, les pharmacies arrivent à assurer des stocks que de 10 à 15 jours seulement avec les bandelettes fabriquées localement. Nous sommes à la veille du mois de Ramadhan, où l’autocontrôle pendant cette période est important, voire vital, nous sommes sérieusement inquiets et nous demandons au ministre de la Santé, le Pr Hasbellaoui, d’agir au plus vite afin d’éviter le pire aux malades», souligne Ouhada.

En attendant la libération de programmes, les malades diabétiques doivent économiser des bandelettes sur les quelques boîtes qui leur restent.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): Djamila Kourta

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