Médiascopie

Elwatan; le Jeudi 8 Juillet 2004
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Rappelons-nous de cette règle féodale ancestrale de l'Afrique du Nord, toujours cinglante de réalités, traduite de tamazight elle dit : «Frappe le (vassal) qui a osé revendiquer le son, ça lui apprendra à oublier jusqu'au goût du blé.»
A force de frapper la société algérienne contre le goût de la liberté de la presse écrite, nos gouvernants veulent lui faire oublier qu'elle est assujettie à l'une des dernières républiques démocratiques d'Afrique interdisant l'idée même de radios et télés libres. Rappelons-nous le message dédié, le 3 mai dernier, Journée internationale de la liberté de la presse, par Sa Majesté Bouteflika à la profession. Dans ces mêmes colonnes (6 mai), nous avons lu une missive «déclaration d'amour» à notre jeune presse. Son auteur y est allé d'un hymne rhétorique remisant dans les poubelles de l'histoire jusqu'à la grosse manip électorale du 8 avril. Avec ces mots : «L'existence d'une presse libre, indépendante et pluraliste permet à la population de se déterminer en connaissance de cause, de contrôler le processus décisionnel officiel et de participer à la vie politique.» Deux petits mois plus tard, de la ruse verbale sont nés des numéros d'écrou pour des journalistes. Dans la seule matinée de mardi dernier, le tribunal d'Alger a reporté - sur ordre non dit de la chancellerie -, pour l'automne, 26 affaires en diffamation. Dans la soirée, à la télé gouvernementale, le ministre de la Communication, Boudjemaâ Haïchour, y est allé d'un autre discours, «apaisant» disent certains. Voire. Mais, bon Dieu, quand donc l'Algérie aura-t-elle des gouvernants persuadés, de raison, que leur travail est de gouverner et celui de la presse d'informer et de critiquer - librement ? Notre société s'éloignerait alors du spectre des discours amalgames douteux, comme celui servi par le ministre : «Oui, la réconciliation n'est pas réductible à ceux qui ont pris les armes, mais elle est aussi extensible au domaine des médias.» La presse algérienne, Monsieur le ministre, n'a pas été et n'est pas en guerre contre la société. L'entendement à construire en commun réside - si vous le voulez bien - dans au moins une conviction partagée, dite dans son «Mémoire sur la liberté de la presse» par l'encyclopédiste Diderot. «Ce qui est important au public, c'est que le vrai soit connu, il le sera toujours quand on permettra d'écrire, et il ne le sera jamais sans cela. Si l'on défend de publier des erreurs, on arrêtera le progrès de la vérité, parce que les vérités nouvelles passent toujours pendant quelque temps pour des erreurs et qu'elles sont rejetées comme telles par les magistrats.»

Categorie(s): dernière

Auteur(s): Belkacem Mostefaoui

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