Notre confrère d’âme

Elwatan; le Dimanche 11 Mars 2018
145967


C’était  son ultime commentaire dans le  journal  El Watan. Le loup blanc, l’un des piliers, l’un des fondateurs d’El Watan, un «taulier», s’en est allé brutalement, prématurément, très tôt, trop tôt, hier matin, à l’issue d’un malaise cardiaque.

Ce journaliste connu pour ses «insights» (éclairage et analyse) en matière de questions internationales forçait le respect des jeunes et de ses pairs ayant  porté à bras-le-corps les valeurs cardinales universelles de démocratie, liberté d’expression, justice sociale, tolérance, paix et surtout contre le fait du prince et des réflexes jurassiques et orwéliens.

Hier matin, le bureau  où  il officiait aux côtés  de ses collègues Omar Berbiche, Ali  Bahmane  et   Abderezak  Merad  n’a  été  ouvert  que tardivement.  D’habitude matinal, c’était lui  qui  hantait  les lieux. Une chaise vide.

Cruellement  vide. Il  ne  sera  pas  présent  à  la réunion de rédaction. Parmi ses collègues. Et  il nous manque déjà. Un immense vide. Car  Larbi, sans le railler aucunement, brassait de l’air. Il prenait de la place. Il était incontournable.Il  faisait  partie de  la  locomotive.     

Zoudj Ayoun, le chaâbi, El Ankis…

Un énième  éditorial  s’échafaudait, se construisait, germait, s’esquissait… C’est  que Larbi  avait cette déconcertante et  hallucinante capacité de consigner  ses commentaires avec fluidité. Comme du beurre. Sans se fouler la rate. Une  sorte de «sniper» des  mots. Précis, intense et incisif.

Un  petit vieux  brisquard  du  journalisme  qui jurait  avec la gérontologie  et  autre jeunisme.  Toujours vert, vif,  alerte. Nullement  pédant, condescendant  ou  et  ne se complaisant pas dans la morgue, il était  plutôt  dans  l’échange, le partage  et  le don de soi.  Il était  d’une  grande humilité.

D’ailleurs, il était fier d’où il venait. Zoudj  Ayoun, le cœur battant de la Casbah.  Un jour, nous avions interviewé le grand et regretté maître du chaâbi, Boudjemaâ El Ankis.

Et Larbi  était aux anges. C’était sa musique,  sa jeunesse, son giron natal… Larbi  était un féru de  culture. Un fervent défenseur  de  la  culture  et de  son «algérianité». 

Il ne cessait de nous motiver, stimuler  et  encourager d’écrire sur les anciens  et  bien sûr, immanquablement, sur les jeunes. Car, pour lui, il s’agissait d’un travail d’œuvre utile. Contre l’oubli  et  pour la mémoire.

«Tahia ya Didou !»

D’ailleurs, il était outré le jour où il a appris que la famille du père et précurseur du raï, Bouteldja Belkacem, était  tombée dans  la précarité  et autre indigence  et  vivant  jusqu’à  aujourd’hui  dans une détresse humaine à Oran. Et ce, sans misérabilisme. Il aimait  m’appeler «Kasskass »(entendre K.S.) ou bien «maâskri (originaire de Mascara).

Une marque d’affection d’un père spirituel.  Cela  ne l’empêchait  guère  de  commenter  tout ce  que  nous  écrivions.  Une autre fois, en juin 2001, nous apprenions  que la légende du blues, John Lee Hooker, était mort.

Il  était surpris que je fasse  un peu d’esbroufe et tout un foin à propos de sa mort. «Ecoute, tu  es le seul, ici, à être affecté par  sa disparition». Larbi, voulait me taquiner. Une autre marque de sympathie et de tendresse. C’était cela, Larbi.

La toute récente remarque qu’il  m’a faite, c’était  celle portant sur  une omission dans un hommage posthume  à  Abdelhak Bererhi, ancien ministre, docteur en médecine, professeur en histologie embryologie, ancien recteur de l’université de Constantine.

Il relèvera que Abdelhak Bererhi figurait parmi  la mission médicale ayant accompagné le président Houari Boumédiène, en URSS, alors souffrant, quelque  temps avant  sa mort. C’est dire l’implication et le sacerdoce  de  sa  profession de  foi. Pas de charbonnier mais d’un journalisme à la perfection.

Etre exhaustif, complet et complémentaire. Son impertinence, sa bonne bouille, sa bonhomie, sa bonté, sa démarche maladroite qui  penche  et  voile, ses remarques, ses commentaires ciselés et  sa tendresse vont nous manquer, cruellement.  «La nouvelle a dû surprendre le monde entier».

Les messages  de  condoléances ne cessent d’affluer. Le dernier était celui du rédacteur en chef d’Ech-Chaâb, Nourredine  Laradji, très attristé par la mort  d’un confère… d’âme.  Larbi est  mort! «Tahia ya  Didou !».

Categorie(s): actualité actualités

Auteur(s): K. Smaïl

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..