Présidentielle en France : Recomposition politique ? Et alors !

Elwatan; le Jeudi 16 Mars 2017
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Pourtant, en novembre dernier, il avait clairement affirmé qu’il se retirerait de la course électorale en cas de poursuites par la justice, ce qu’il avait répété en février alors que les affaires le rattrapaient. Récemment, il a aussi été mis à mal dans les médias pour des costumes qui lui auraient été offerts pour la somme totale, depuis 2012, de 44 000 euros, dont deux récemment payés en espèces, pour 13 000 euros, par un intermédiaire.

Cher le costume ! Sa réponse sur une radio restera dans le langage populaire : «On m’a offert des costumes, et alors !» Sur un air de «circulez, il n’y a rien à voir». Un comportement un peu rapide lorsque son programme, mis en avant par ses soutiens comme le seul projet qui vaille, prévoit une cure d’austérité sans précédent pour les couches moyennes et populaires. Avec en particulier la retraite qui passerait à 65 ans, deux points de plus pour la TVA et la suppression de 500 000 fonctionnaires.

«Mis en examen, et alors !», tel est le titre d’au moins deux journaux régionaux hier. «Et alors ?», le terme restera dans le langage populaire, comme le marqueur d’une campagne présidentielle qui n’a jamais été aussi agitée à 40 jours du scrutin. Avec des surprises qui se profilent. Avec tout d’abord l’éviction de la droite républicaine du second tour de la présidentielle.

Par son entêtement et son obstination à ne pas décrocher, François Fillon écartera la droite de l’accès au pouvoir et, par voie de conséquence, le centre qui a choisi de rester son allié après avoir d’abord annoncé qu’il lâchait Fillon. Le candidat s’est maintenu par un coup de force contre les personnalités de son parti qui avaient demandé son départ. Par son élimination dès le premier tour, il causera ainsi la défaite du camp de la droite qui, en novembre, était sûre de reprendre le pouvoir après cinq ans de mandature socialiste sous François Hollande.

L’autre surprise sera celle de la gauche qui elle aussi ne devrait pas être du second tour. Après la primaire de janvier, l’aile gauche du parti socialiste, sous la houlette de Benoît Hamon, l’avait emporté contre l’aile droite, représentée par l’ancien Premier ministre Manuel Valls. Lui aussi a parjuré sa parole.

En janvier, il disait qu’il soutiendrait Hamon. Et mardi, il revenait sur ses propos en refusant de le faire, parlant de parrainage, un terme assez surprenant pour quelqu’un de la même «famille» politique. Avec des mots assez durs, il a dit : «Nous ne pouvons pas accepter une gauche qui se replie sur elle-même et parfois dans une forme de sectarisme.» Les observateurs auront compris qu’il ne soutient pas une gauche qui maintient un programme et des idées de gauche, lequel programme a poussé tout de même une majorité d’électeurs de cette même gauche à préférer Hamon à Valls, ce dernier qui d’ores et déjà se positionne pour l’après.

Sachant qu’au vu des sondages préélectoraux et de l’état de l’opinion après 40 ans de promesses déçues par les gouvernements de gauche, ce camp n’a aucune chance d’accéder au second tour de la présidentielle. D’autant qu’aucun accord n’a pu être lié avec l’autre candidat de gauche, Jean-Luc Mélenchon. Leur candidature sera donc, pour chacun, une sorte de candidature de témoignage pour prendre date de ce que deviendra après les élections ce courant de gauche qui, forcément, devra se restructurer. Là aussi on pense aux lendemains.

Ceux qui semblent tirer les marrons du feu sont pour l’heure la candidate de l’extrême droite Marine Le Pen (Front national) et le transfuge de la mandature Hollande, Emmanuel Macron, qui paraît avoir gagné son pari d’entraîner les électeurs en se plaçant au-dessus de la droite et de la gauche. Son mouvement En Marche ! énonce un programme très libéral avec quelques teintes sociales. Macron est à égalité dans les enquêtes d’opinion avec Le Pen, avec une forte probabilité de la vaincre au second tour.

Que ce scénario soit validé par les urnes ou pas, la situation de déconfiture de tous les camps entraînerait pour les législatives du mois de juin un nouveau challenge : réussir à construire une majorité pour gouverner. Ce ne sera pas facile dans le champ de ruines de la droite et la gauche en quête de résurrection, avec au premier plan le nouveau mouvement de Macron qui s’affiche moderne et celui, archaïque et réactionnaire, du Front national qui ne cesse de progresser. Et alors !

Categorie(s): monde

Auteur(s): Walid Mebarek

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