Repère, L’ONU lâche sa bombe

Elwatan; le Lundi 10 Juillet 2017
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Le contexte actuel avec ce qui se passe dans la péninsule coréenne ne manque pas en effet d’inquiéter, et beaucoup se rappellent ce que l’on appelait il n’y a pas si longtemps, l’équilibre de la terreur. Est-ce à dire que cette ère a disparu et qu’elle ne se renouvellera plus ? Comment dans de telles conditions interpréter les déclarations de dirigeants nord-coréens accusant hier les Etats-Unis et le voisin sud-coréen de faire progresser le risque d’une guerre nucléaire sur la péninsule vers un «point de basculement». Les deux alliés avaient effectué la veille une démonstration de leur puissance de feu, un fait rare, alors que les tensions s’accroissent sur la péninsule à la suite du premier test de missile balistique intercontinental (ICBM) de la Corée du Nord le 4 juillet. Ce test a suscité des inquiétudes au sein de la communauté internationale, dans la mesure où un tel missile serait capable de frapper le territoire américain au niveau de l’Alaska. La Corée du Nord avait estimé jeudi que ce serait «du gâteau» pour elle d’anéantir son voisin du sud, en réponse aux manœuvres américano-coréennes lancées après le tir de missile par Pyongyang. L’ONU vient en quelque sorte de briser un cercle extrêmement restreint. Il s’agit du dossier du nucléaire qui lui échappait jusque-là, et qui était régi principalement par le TNP (Traité de non-prolifération nucléaire) de 1968, au sujet duquel beaucoup a été dit, notamment son caractère discriminatoire. Ce texte n’est pas opposable à tous les pays, et la non-prolifération dont il est question n’est rien d’autre qu’un acte volontaire et individuel. Dans le cas inverse a-t-on fini par relever, les pressions sont fortes et même trop fortes, sauf qu’elles ne sont pas opposables à tous.

Comme au sujet d’Israël puissance nucléaire depuis des décennies, et traité sous l’étiquette bien particulière d’«ambiguïté nucléaire». Vraiment indéfinissable. Mais cette fois, l’ONU dans ce qu’elle a de solennel a opté pour un vote massif avec 122 voix pour, une contre, celle des Pays-Bas membre de l’OTAN, et une abstention, en faveur d’un Traité interdisant les armes atomiques. Un fait inédit aussi bien dans le fond que dans la forme, puisque l’ONU entend assumer sa vocation, celle de préserver la paix et de mettre fin, du moins le voudrait-elle, aux cadres restreints qui la tiennent à l’écart de toutes les négociations portant jusque-là sur la seule réduction des arsenaux nucléaires, avec un stock mondial actuel de quelque 15 000 têtes nucléaires. Les neuf Etats – Etats-Unis, Russie, Grande Bretagne, France, Inde, Chine, Corée du nord et Israël – dotés de l’arme nucléaire ont d’ailleurs boycotté les négociations.

Aucun d’entre eux n’a pris part à son élaboration et, dans son prolongement, à son adoption. Le monde sera donc bien loin et pour longtemps, appréhende-t-on, de l’absence d’armes nucléaires, et ceux qui les détiennent ne manquent pas d’arguments, puisque laissent-ils entendre, c’est là un bien mauvais chemin vers ce qui est souhaité, déclarant même que «c’est donner de faux espoirs» par rapport à «ce qui est vraiment possible en matière de désarmement nucléaire». Des Etats ont renoncé de manière unilatérale et volontaire au nucléaire, et d’autres ont pour ainsi dire accompagné le processus d’interdiction des essais, et sans jamais le précéder.
Les puissances nucléaires font valoir que leur arsenal sert de dissuasion contre une éventuelle attaque nucléaire et rappellent qu’elles restent engagées par le TNP rend notamment les Etats responsables de la réduction de leurs stocks. Mais tout compte fait, et sans être contraignant, le vote de l’ONU traduit l’impatience des pays non nucléaires face à la lenteur du désarmement, et leur souhait de voir le nucléaire servir autrement l’humanité. C’est d’ailleurs l’un des volets du TNP qui prévoit un transfert de la technologie pour un usage pacifique.
 

Categorie(s): monde

Auteur(s): Mohammed Larbi

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