Roman . «le jardin près de la maison» de A. Shehada : Etats de veille

Elwatan; le Samedi 2 Juillet 2016
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Dans cette fiction, la dimension que Shehada dessine en effaçant peu à peu la séparation entre un réel palpable et l’hallucination se situe au sein d’un espace antédiluvien et familier : les jardins qui nous entourent. L’histoire s’ouvre dans un jardin public, celui dans lequel Hussein se promène depuis l’enfance, et avec lequel il garde un lien tout particulier. Il y rencontre un vieil homme errant, qui lui demande de le mener vers «le chemin». L’ancien cherche un chemin singulier, «celui de la mémoire». Hussein, intrigué par cette demande, continue tout de même sa route pour préparer sa journée.

Il va célébrer ses 38 ans. Depuis trois ans, il se prête à un rituel annuel. Il s’achètera donc une nouvelle bouteille de vin, en boira une seule gorgée et la conservera près des trois autres, en attendant l’année suivante. Depuis trois ans aussi, il voit Maya, jeune femme rêveuse aux cheveux couleur châtaigne, dont les deux petits grains de beauté lui révèlent toujours les humeurs. Maya, elle, accoudée à sa fenêtre-miroir attend l’oiseau qui lui rend visite tous les jours, pour qu’il dépose une de ses plumes dans ses cheveux. Elle est persuadée que cet oiseau est lié à Hussein et qu’il la prépare à un étrange événement. Elle attend Hussein aussi, cet homme doux et un peu perdu aux yeux changeant de couleurs comme un caméléon. Ce caméléon, elle l’imagine souvent jusqu’à le voir se matérialiser et se promener le long du visage de son amant.

En fin de journée, Hussein rencontre l’ancien par hasard, près de chez lui. Les deux compagnons commencent à discuter et Hussein se sent alors sombrer dans une longue hallucination au cours de laquelle le vieil homme lui explique la raison de sa folie. Il lui raconte comment sa mère enceinte adorait regarder son ventre rond dans son miroir-fenêtre des heures durant. L’ancien décrit comment il se voyait alors à travers les yeux de sa porteuse pensant que l’image reflétée était la sienne.

A sa naissance, il se découvre bambin, suçotant le sein du reflet qu’il croyait sien. Depuis, il n’a jamais pu supporter le monde autour de lui. Maintenant il erre dans le jardin, là où il été assassiné. Il recherche la photo de sa mère qu’il avait sur lui au moment de son propre meurtre. Pour Hussein, cette discussion sera le début d’un endormissent duquel il ne se réveillera que dix ans plus tard. A son réveil, le jeune homme commence à comprendre les vérités qui émergent autour de lui et se met lui aussi à chercher. Qui est réellement l’ancien ? Quelle est cette mémoire à fleur de peau qu’Hussein essaie de retrouver à travers Maya ? Une mémoire liée à sa conception, et une vérité ancrée au jardin et à la statue ailée qui y est enfouie.

Dans Le jardin proche de la maison, Shehada explore une forme d’état de veille et de sommeil à travers des personnages qui ne sont ni délirants ni fous. Les arbres à fleurs rouges, l’oiseau et le caméléon sont les ancrages autour desquels ce roman au penchant surréaliste est composé, ils sont les signes qui font basculer les personnages vers leur état second. C’est un roman peint comme un Dali, écrit pour tous ceux qui aiment voir les frontières disparaître. Nadia Ghanem

* Abdelfetah Shehada, Le jardin près de la maison. Editions MIM,
Alger, 2015

Categorie(s): arts et lettres

Auteur(s): Nadia Ghanem

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