Soupçons de financement libyen, Réagissez

Elwatan; le Jeudi 24 Mai 2018
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La situation se corse pour Nicolas Sarkozy. Le magazine de la chaîne publique française France 2 «Cash Investigation» a enquêté, lors de son dernier numéro diffusé mardi soir, sur les soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. L’équipe de journalistes, rapportent plusieurs médias français, a réussi à recueillir plusieurs témoignages, dont celui de Bachir Saleh, l’ancien directeur de cabinet de Mouammar El Gueddafi.

Selon la même source, il a affirmé, pour la première fois, que Nicolas Sarkozy avait bien reçu des financements libyens pour sa campagne présidentielle de 2007. L’ancien dignitaire explique d’abord n’avoir «aucune information» sur d’éventuels financements. Mais par la suite, Bachir Saleh confirmera que des versements ont bien été effectués par l’ancien directeur du renseignement militaire, Abdallah Senoussi, via le «canal» du ministère des Finances libyens.

«El Gueddafi avait un budget spécial pour les personnes qu’il voulait soutenir», a expliqué Bachir Saleh chiffrant à «350 millions d’euros» les fonds disponibles pour cet usage. Avec ce témoignage à charge, c’est un soutien de poids que Nicolas Sarkozy – mis en examen le 21 mars dernier pour «corruption passive, financement illégal de campagne électorale et recel de fonds publics libyens» – a perdu. A rappeler que l’ex-argentier de Mouammar El Gueddafi avait été blessé par balle en Afrique du Sud en février.

Il avait été agressé à bord de son véhicule à Sandton, dans la banlieue de Johannesburg. Son nom figure aussi sur une liste de personnes soupçonnées d’avoir joué un rôle important dans le financement supposé de la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007, par les autorités libyennes. En exil en Afrique du Sud après la chute d’El Gueddafi, Bachir Saleh est visé par un mandat d’arrêt international. D’autres acteurs libyens importants se sont également prêtés au jeu de ce documentaire.

C’est notamment le cas de Moftah Missouri, l’ancien interprète d’El Gueddafi ou encore de Tahar Dahech, proche de l’ancien chef d’Etat qui a avoué avoir entendu parler «d’aide» de la Libye à la France, certain parlant même de la somme de 57 millions d’euros. Les médias français signalent que Nicolas Sarkozy n’a pas voulu être confronté aux paroles de Béchir Saleh.

Enregistrées en caméra cachée, l’ancien président français a tout bonnement raccroché au nez des journalistes de «Cash Investigation», quand ils ont cherché à le joindre. L’affaire avait été révélée en mai 2012 par Mediapart, qui avait publié un document libyen faisant état d’un financement par la Libye de la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy.

Les juges enquêtent, depuis avril 2013, sur ces flux financiers impliquant des protagonistes liés au régime d’El Gueddafi par l’intermédiaire, notamment, de l’homme d’affaires franco-libanais Ziad Takieddine.

En novembre 2016, ce dernier avait ainsi affirmé avoir transporté 5 millions d’euros en liquide, de Tripoli à Paris, entre la fin de 2006 et le début de 2007, pour les remettre à Claude Guéant, puis à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. Malgré tous ces témoignages et ce faisceau d’éléments, Nicolas Sarkozy persiste à nier avoir financé sa campagne électorale de 2007 avec de l’argent libyen.
 
Le Parlement européen appelle à une approche unifiée sur la Libye

Une délégation du Parlement européen, qui s’est rendue en Libye pour la première fois depuis six ans, appelle les pays de l’Union européenne à agir de façon concertée au sujet de ce pays en proie au chaos.

«Pour le Parlement européen, c’est absolument crucial d’avoir une unité d’entente» en Libye, d’autant qu’on «doit déjà faire face à la présence de plusieurs acteurs régionaux qui ont chacun leur agenda», a souligné mardi à Tunis le vice-président du Parlement européen, Fabio Castaldo, à l’issue d’une visite d’une journée à Tripoli.

M. Castaldo, qui était accompagné par la dirigeante de la délégation parlementaire des relations avec le Maghreb, Ines Ayala Sender, a indiqué envoyer un message d’unité «à l’Italie, à la France, au Royaume-Uni, à tous les acteurs européens qui ont une histoire d’influence dans le pays : parfois on est obligés d’opérer avec les acteurs qu’on a sur le terrain, mais il faut vraiment penser su le long terme».

L’Italie s’est notamment vu reprocher d’avoir passé des accords avec des milices pour limiter l’immigration clandestine, et la France, qui s’est posée en médiatrice, de soutenir l’homme fort controversé de l’Est libyen, le maréchal Khalifa Haftar.

Il a appelé les pays de l’UE à soutenir sans faille le plan d’action présenté par l’ONU. R. I.
 

Categorie(s): monde

Auteur(s): A. Z.

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