Théatre. « Torchaqa» d’Ahmed Rezzak, Théatre. « Torchaqa» d’Ahmed Rezzak : Ebouriffante !

Elwatan; le Samedi 2 Juillet 2016
121182


Elle déborde de générosité, tant dans ses intentions que dans l’ébouriffante manière de les faire passer, en vrac comme parfois dans le détail. Sa distribution en apparence pléthorique (22 comédiens) est à la mesure d’une multitude, celle du petit monde des allumettes que l’on sait passé de mode depuis les briquets à gaz.

Dans la représentation de ce monde «périmé», Rezzak pousse la politesse jusqu’à l’exactitude puisqu’il n’y a ni premier ni second rôles. Tous les comédiens sont à la une, tour à tour ou tous ensemble, dans un véritable esprit de troupe. A la manière d’un conte, le prétexte de la pièce puise à l’enfance de l’art de la parabole. La belle Torchaqa (allumette dans le parler de l’Est algérien) est promise en mariage, sauf qu’elle partage un amour tendre avec Zalamit. La découverte de leur idylle provoque l’émoi et la consternation, menaçant l’ordre des choses et l’ordre social, car, pardi, c’est bien connu, une allumette n’a pas de cœur. C’est un objet ! Mais le propre de l’allumette n’est-il pas de… s’enflammer. C’est là-dessus que repose la force de la fable.

Partant de là, Ahmed Rezzak convie son public à un spectacle qui, dans la forme, emprunte à la simplicité du théâtre populaire pour assurer l’audience, ce qui l’a entraîné parfois à quelques facilités. Dans le fond, par contre, il plonge dans les méandres de la subtilité avec un théâtre de l’exigence, tout simplement citoyen et qui pousse à rire jaune. Tout y passe : comique de situation, de mot, de caractère et de geste, sur un jeu physique et un rythme accéléré. Le trait de l’écriture dramatique comme de l’écriture scénique chevauche les pleins et les déliés de la légèreté et de la gravité, parfois dans sa plus haute densité.

Dans ce maelstrom où le mouvement anime toute la scène, le spectacle brasse l’art de la parodie, genre où Rezzak est passé maître comme avec Rabie Rome (Le printemps de Rome) et Saâ’idine lil asfal (Ceux qui s’élèvent vers le bas), mais sans jamais se répéter.

Dans Torchaqa, par exemple, le dynamisme et la truculence des personnages rejoignent l’esprit du théâtre de marionnettes, voire du dessin animé à la Tex Avery, mais mâtinées d’une bonne dose de comique à la façon des pionniers algériens de l’art de la scène. La présence de Hamid Achouri, égal à lui-même, est en ce sens pour beaucoup. Pardon, mais il est impossible de citer nommément tous ces comédiens, comédiennes et danseurs venus des quatre coins du pays, tous remarquables, certains même époustouflants. Leur performance individuelle et collective vous épatera comme la façon dont Rezzak, auteur et metteur en scène, a usé de leur profil.

En tant que scénographe, troisième corde à son arc, il a aussi réussi à habiller la scène et ses personnages dans des formes et couleurs d’une exquise polysémie. En définitive, Torchaqa est absolument à voir ! Et pour cela, elle doit être absolument montrée sur toutes les scènes. M. K.
 

Categorie(s): arts et lettres

Auteur(s): Mohamed Kali

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..