Une dangereuse initiative

Elwatan; le Samedi 20 Aout 2016
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L’Algérie n’est plus sous la férule du fait du prince. De prétentieux fonctionnaires se sont mis à interpréter les lois de la République et se sont mis à agir de façon irrationnelle, sans réfléchir aux conséquences que cela peut induire pour la sécurité, la stabilité et l’unité nationales. Un potentat de ce genre vient de se manifester à Tamanrasset.

Le 10 août dernier, la Jeunesse libre du RCD a organisé un débat public dans la capitale du Hoggar sur «Le rôle de la jeunesse dans le combat politique». L’initiative est vraiment belle. Au-delà de son caractère conjoncturel, elle permet d’établir des liens solides entre la jeunesse du Nord et celle du Sud. Cette dernière se plaint, à juste titre, de son éloignement des centres de décision, d’un chômage endémique et du peu d’intérêt accordé par le pouvoir central aux régions sahariennes déshéritées. Des initiatives comme celle du RCD contribuent incontestablement à ramener un tant soit peu la paix dans les cœurs et dans les esprits, à détendre un climat délétère que les autorités elles-mêmes cherchent à améliorer, et enfin à souligner que l’Algérie du Nord est totalement solidaire de l’Algérie du Sud. Le RCD aurait dû être remercié et félicité pour sa démarche. Au contraire. Ne voilà-t-il pas que le secrétaire général de la wilaya en question, dans une missive adressée aux dirigeants du parti, menace de ne plus «délivrer aucune espèce d’autorisation pour tout type de réunion que vous projetteriez d’organiser». Il va plus loin en leur disant que «ces comportements portent atteinte à la réputation de la formation politique à laquelle vous appartenez (sic), et portent atteinte aussi à l’ordre public et sont passibles de poursuites judiciaires».

Des propos graves qui ne laissent pas d’inquiéter. Exhiber l’emblème amazigh à côté du drapeau national est-il devenu un acte répréhensible ? Parce que, apparemment, c’est de cela qu’il s’agit. Cet emblème fait partie depuis belle lurette du paysage national et les autorités n’y ont jamais trouvé à redire, d’autant que l’amazighité est inscrite noir sur blanc dans la Constitution et que le RCD est reconnu et a participé au gouvernement et qu’à ce titre il connaît bien les textes de la République.

Qu’est-ce qui a incité ce fonctionnaire à s’attaquer frontalement au parti de Saïd Sadi, lequel parti a fait ses preuves durant la lutte antiterroriste et qui n’a raté aucune occasion pour exprimer son patriotisme, contrairement à d’autres qui ont fait allégeance au salafisme et au wahhabisme et qui activent en toute impunité ? Le moment est vraiment mal choisi. Des forces obscures cherchent à diviser les Algériens et des comportements inamicaux de ce genre vont faire croire aux Kabyles qu’ils ne font pas partie de la communauté nationale et qu’il existe des forces qui leur sont hostiles. Un comportement qui va surtout plaire aux islamo-baâthistes qui sont les ennemis de l’identité algérienne. Et surtout, le Maroc cherche lui aussi à enfoncer le clou en parlant «d’indépendance de la Kabylie». Un casus belli qui n’est pas pour faciliter l’édification maghrébine et qui contribue, au contraire, à exacerber les tensions. Désormais, il faut avoir peur des coups tordus qui portent en eux les germes de la déstabilisation.
 

Categorie(s): edito

Auteur(s): Tayeb Belghiche

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