Une mémoire qui dérange

Elwatan; le Dimanche 14 Aout 2016
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Si nous venons à mourir, défendez nos mémoires», avait coutume de dire le chahid Didouche Mourad aux militants et à son entourage.

En tenant de tels propos, celui que l’on a surnommé le «Saint-Just» de la Guerre de Libération nationale, en référence au révolutionnaire français de 1789, était sans doute loin de se douter, avant de tomber au champ d’honneur — quelques mois après le déclenchement du 1er Novembre dont il fut l’un des artisans aux côtés de Ben Boulaïd, Ben M’hidi, Boudiaf, Bitat et Krim Belkacem — qu’une fois l’indépendance recouvrée, il se trouverait des dirigeants et des responsables de l’Etat algérien qui balaieraient d’un revers de la main le testament qu’ont laissé ces martyrs aux générations de l’Algérie libre.

Ce déni de reconnaissance envers ceux qui ont tout sacrifié au profit du glorieux idéal de liberté ne saurait être pire forfaiture envers la Guerre de Libération de ceux qui l’ont faite et de ses martyrs…

Malheureusement, aujourd’hui, en 2016, alors que l’on s’apprête à commémorer le 60e anniversaire du Congrès de la Soummam, un hommage à El Hachemi Cherif a été purement et simplement interdit à Oran par les autorités de la wilaya. Moudjahid, officier de l’Armée de libération nationale (ALN), syndicaliste de l’UGTA après l’indépendance, ancien cadre supérieur de l’Etat, homme politique et dirigeant communiste, fondateur du Parti de l’avant-garde socialiste (PAGS), du MDS et d’Ettahadi, il s’est profondément engagé dans la lutte contre l’intégrisme et le terrorisme durant la «décennie noire» avant de décéder, en 2005.

Cette interdiction qui ne dit pas son nom, puisque les autorités de la wilaya ont préféré se cacher derrière l’absence d’autorisation du ministère de l’Intérieur, va à l’encontre de l’accord des élus de l’APC d’Oran favorables au déroulement de la cérémonie et n’a pas manqué de soulever la colère des militants du MDS d’Oran. Et on le comprend. «On refuse à El Hachemi Cherif, qui a tout donné pour ce pays, un petit bout de hall d’une salle pour deux heures seulement», ont-ils tenu à faire remarquer. Ils ont aussi toutes les raisons de souligner que, par ailleurs, les mêmes autorités qui ont refusé la tenue d’une cérémonie de recueillement ferment les yeux et tolèrent la tenue de rassemblements organisés par des chefs terroristes dans des camps et des forêts, souvent sous la protection des forces de l'ordre, sans s’encombrer d’une quelconque autorisation. C’est encore une fois le serment de Novembre que l’on trahit.

Que penser alors de l’attitude officielle à l’égard de la commémoration du 60e anniversaire du Congrès de la Soummam à Ifri-Ouzellaguen, dont la population de la région appréhende que l’événement, au regard des préparatifs officiels au plus haut niveau de l’Etat, ne connaisse pas la même volonté et le même engouement que celui manifesté l’an dernier quand il s’agissait de célébrer le 60e anniversaire du 20 Août 1955 à Skikda ? La commémoration officielle, chez nous, en Algérie de 2016, serait-elle alors, comme la mémoire, sélective ?

Categorie(s): edito

Auteur(s): Reda Bekkat

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