A fonds perdus: La «Xiconomics»

Lesoir; le Mardi 6 Fevrier 2018
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Par Ammar Belhimer
ambelhimer@gmail.com
Les
pays «rivaux» des Etats-Unis «comme la Chine et la Russie» menacent «nos
intérêts, notre économie et nos valeurs», affirme Trump durant le
discours sur l'état de l'Union le 31 janvier dernier.
Qu’est-ce qui justifie une telle inimitié à l’endroit du grand maître de
Pékin ?
Thomas Hon Wing Polin associe le mythe de «Xi le Dictateur» à
«l’ignorance et les préjugés» qui prévalent à l’encontre de la Chine
d’aujourd’hui dans le monde dirigeant occidental (*). L’actuel dirigeant
chinois, Xi Jinping, a obtenu un second mandat pour les fonctions
supérieures de l’Etat du 19e Congrès du Parti communiste. Le 19e congrès
du Parti communiste chinois (PCC) est considéré comme le moment
charnière qui a fait entrer la Chine dans une nouvelle ère. Il inaugura
une série de campagnes de «raidissement idéologique» au cours des cinq
dernières années avec pour objectif de «faire renaître les principes
maoïstes et marxistes dans la société ainsi que de renforcer le soutien
au PCC».
Depuis le tournant du 19e congrès, médias et autres centres de pouvoir
occidentaux perçoivent Xi Jinping comme «le leader chinois le plus
puissant depuis Mao et Deng, et même Mao lui-même». Bien plus, «le
nouveau néologisme à la mode est «Xiconomics», qui laisse entendre qu’il
aurait aussi pris le contrôle de l’économie chinoise. Tout cela assorti
des éternelles allusions aux dangers de la dictature, de
l’hyper-concentration des pouvoirs, de l’abus d’autorité, de la
répression, etc.». Au-delà des préjugés, Thomas Hon Wing Polin nous
invite à «étudier de plus près la nature de la gouvernance chinoise
d’aujourd’hui et regarder comment elle est devenue ce qu’elle est».
Cette gouvernance repose sur deux piliers :
- la méritocratie (les «meilleurs cerveaux de la nation»);
- un leadership «véritablement collectif» (par opposition au culte de la
personnalité).
Le caractère collectif du pouvoir date de l’époque de Deng Xiaoping et
ses camarades réformateurs qui, ayant pris conscience des «excès
dévastateurs de la période maoïste, ont clairement démontré qu’un
pouvoir incontrôlé au sommet était très dangereux pour le bien de la
nation». D’où l’interdiction par Deng de «tout culte de la personnalité
autour de sa personne».
Fidèle à sa fameuse citation selon laquelle «peu importe qu’un chat soit
blanc ou noir, s’il attrape la souris, c’est un bon chat», Deng Xiaoping
prend les rênes du pouvoir avec un plan ambitieux pour ouvrir et
libéraliser l’économie chinoise et faire avancer les «Quatre
modernisations» (industrie et commerce, éducation, organisation
militaire et agriculture).
L’autre pendant de ce slogan libéral est : «Lorsque on ouvre la fenêtre
pour changer l’air, l’air frais pénètre ainsi que les mouches.» Une
citation qui date du début des années 80, et qui fut abondamment
utilisée après sa mort pour expliquer de manière idéologique le projet
du «bouclier doré», un projet de surveillance et de censure géré par le
ministère de la Sécurité publique de la République populaire de Chine
entre 1998 et 2003. Hostile au culte de la personnalité, il ne conserva
comme poste officiel que celui de président de la Commission militaire
centrale, même si son rôle en tant que chef suprême de la République
populaire de Chine ne fait aucun doute. Deng partageait l’autorité avec
ses collègues du Comité permanent du bureau politique du parti
communiste chinois.
Xi Jinping est dans la filiation de Deng Xiaoping.
Surnommé officiellement Xi Dada (en français : tonton), Xi Jinping est
l'une des figures de proue de la 5e génération de dirigeants du Parti
communiste chinois qui accède au pouvoir dans les années 2000 – il est
successivement secrétaire général et président de la Commission
militaire centrale du Parti communiste chinois depuis le 15 novembre
2012 ainsi que président de la République populaire de Chine depuis le
14 mars 2013. Il est l’un des «huit immortels» du Parti communiste
chinois (PCC) qui ont joué un rôle clef dans le démarrage des réformes
économiques de la Chine dans les années 1980, puis leur supervision dans
les années 1990. «Immortel», car ancien vice-président de l'Assemblée
populaire et vice-Premier ministre, il a déjà été écarté du pouvoir lors
d'une «purge» en 1962 avant d'être réhabilité lors de la prise du
pouvoir de Deng Xiaoping.
C’est également à l’époque de Deng qu’avait été consacrée la
méritocratie : «Ils ont mis en place un système efficace de
méritocratie, en ressuscitant l’examen impérial de la compétence idéale
pour évaluer au mieux l’aptitude à occuper des postes élevés.» La «bonne
gouvernance» est, principalement, associée à «l’expérience et la
capacité d’action». Deux atouts dont il est attendu qu’ils concourent à
la constitution d’un «parti et un gouvernement éprouvés». Cette machine
à pourvoir aux besoins de l’Etat a un impressionnant terreau de «85
millions de membres du Parti communiste». Ce dernier refuse le
qualificatif de «dictature du parti unique» car il réunit de «multiples
factions aux intérêts divergents sous un même toit» : «Les différences
entre ces factions sont plus grandes et infiniment plus significatives
que celles qui existent entre les partis Démocrate et Républicain aux
Etats-Unis, par exemple. Les débats internes au Parti communiste chinois
sur les politiques à mener sont fréquents et vigoureux. A la fin, les
questions non résolues sont réglées par le Comité permanent.»
C’est au «système de gouvernement» en place qu’est attribuée la
découverte de Xi Jinping comme «la meilleure personne pour conduire la
Chine dans la phase suivante de son redressement (…) et de décider de
lui confier cette mission».
«La méritocratie a choisi Xi pour s’attaquer à une tâche extrêmement
difficile. Son mandat comporte deux volets: résoudre les problèmes
terribles accumulés par des décennies de réformes accélérées (corruption
galopante, discipline militaire laxiste, intensification de l’hostilité
de l’Empire américain, etc.), et conduire l’économie chinoise au stade
suivant.» Toutefois, «pour lui donner la meilleure chance d’y parvenir,
le leadership collectif lui a conféré la plus grande autorité depuis
Deng Xiaoping».
A. B.

(*) Thomas Hon Wing Polin, «Xi le Dictateur» : un mythe né de
l’ignorance et des préjugés», Arrêt sur info, 27 décembre 2017,
Original : https://www. counterpunch.org/2017/12/26/ 98516/
Traduction : Dominique Muselet
Source: http://arretsurinfo. ch/xi-le-dictateur-un-mythe- ne-de-lignorance-et-des-
prejuges/

Categorie(s): chronique du jour

Auteur(s): lesoir

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