Candidature de Bouteflika pour 2019: Ould-Abbès brise le tabou

Lesoir; le Mardi 21 Novembre 2017
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Le secrétaire général du Front de libération
nationale, Djamel Ould-Abbès, a clôturé, dimanche dernier, sa campagne
électorale pour les élections locales du 23 novembre par un meeting à
Tébessa et une émission en prime time sur la chaîne El Bilad TV. C’est
au cours de cette émission qu’il lança un message lourd, celui du
pouvoir en somme et qui se résume en cette petite phrase : «Mais qui
d’autre que le Président Bouteflika pouvons-nous présenter comme
candidat pour 2019 ? »
Kamel Amarni - Alger (Le Soir) - «Quand je disais que le nom du
futur Président est dans ma tête, c’est, évidemment, à lui que je
faisais allusion.» L’homme sait de quoi il parle.
Secrétaire général du parti majoritaire, Ould-Abbès est, à ce titre, une
sorte de représentant personnel du président du parti, intra et
extra-muros, qui n’est autre que Abdelaziz Bouteflika. Depuis le coup de
force contre Ali Benflis au printemps 2003, le poste de secrétaire
général du FLN a toujours été une chasse gardée de Abdelaziz Bouteflika.
C’est lui qui désigne à ce poste et, cela va de soi, c’est également lui
qui met fin aux fonctions de son titulaire. Une règle, d’abord non
écrite, qui sera même introduite dans les statuts du parti depuis le 8e
congrès-bis de 2005.
C’est à partir de ce congrès, en effet, qu’une disposition statutaire
sera introduite dans les textes du parti et qui stipule, expressément,
que «le président de la République est le président du parti» ! Tout
simplement. Président du parti et non pas, comme c’est souvent répété, à
tort, dans les médias et chez la classe politique, «président
d’honneur». Une autre disposition, beaucoup moins médiatisée il est
vrai, avait été introduite depuis 2005. Il s’agit de celle stipulant que
«le programme du président de la République est le programme du parti».
Il ne s’agit donc pas d’un simple slogan !
Lors de son dernier meeting en date, le 8 mai 2012 à Sétif, Abdelaziz
Bouteflika ira même jusqu’à déclarer : «Vous connaissez tous mon
appartenance politique.» A chaque congrès du parti, il envoie un message
aux congressistes et, en juin 2015, à l’occasion du 10e congrès, il
désignera même, pour faire lecture de son message, un ministre en
exercice, celui des Relations avec le Parlement, Tahar Khaoua ! Ce sont
à chaque fois autant de messages, sciemment envoyés par Bouteflika, pour
signifier, clairement, que le premier patron du FLN, c’est bien lui.
Depuis son retour au pouvoir, le 15 avril 1999, Bouteflika fera de
l’ex-parti unique un véritable parti-Etat. Tout avait commencé le jour
où il avait réuni le bureau politique à l’été 1998 pour informer de sa
candidature à la succession de Liamine Zeroual et demandant à la
direction du FLN d’annoncer, la première, son soutien «au candidat du
consensus». Quelques mois après son accession au pouvoir, et comme
attendu, il se débarrassera de l’ancien secrétaire général du parti,
Boualem Benhamouda, auquel il n’a jamais pardonné d’avoir actionné
contre lui la terrible machine qu’est la Cour des comptes, du temps où
il occupait le poste de ministre des Finances sous Chadli Bendjedid.
Bouteflika, qui a toujours lié sa carrière au FLN, en fera, dès lors, un
instrument de gouvernance tout comme un canal officieux, voire même
officiel parfois, pour faire passer ses messages. Ce qui fait du poste
de secrétaire général du FLN une fonction clé dans le dispositif du
pouvoir. Ce fut le cas avec Abdelaziz Belkhadem, avec Ammar Saâdani et,
depuis octobre 2016, avec Djamel Ould-Abbès.
Pour ne retenir que la campagne électorale qui vient de s’achever, l’on
notera, par exemple, qu’au moment où Djamel Ould-Abbès était attaqué par
l’ensemble de la classe politique à propos de ses déclarations sur la
légitimité historique et le programme présidentiel, Bouteflika le
désignera comme «représentant personnel» à une rencontre internationale
organisée par le Kremlin. Une manière très directe de signifier que les
déclarations du SG du FLN sont celles du pouvoir. Sans le feu vert qu’il
faut, jamais Ould-Abbès ne se serait donc aventuré à parler de la
candidature d’Abdelaziz Bouteflika pour 2019 et à «défier Farouk
Ksentini d’apporter la preuve qu’il a rencontré le Président, la semaine
dernière ou même l’année dernière».
Avec cette sortie de Ould-Abbès, bien calculée à coup sûr, cette
histoire de 5e mandant n’est, désormais, plus un tabou…
K. A.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): K. A.

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