CE MONDE QUI BOUGE: Alger-Paris et le quatrième mandat

Lesoir; le Jeudi 19 Decembre 2013
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Par Hassane Zerrouky
Finalement,
beaucoup de bruit pour peu. Cette visite de Jean-Marc Ayrault annoncée à
grand renfort de publicité côté algérien, passée presque inaperçue en
France, sauf sur France-24 et encore, ne s’est traduite par la signature
d’aucun projet d’envergure. Les grandes entreprises françaises, tout
comme d’ailleurs de nombreuses firmes européennes, hésitent à se lancer
sur le marché algérien hors hydrocarbures. La loi de 2009, dite loi
51/49 interdisant aux entreprises non algériennes de détenir la majorité
du capital d’une joint-venture, est volontiers citée comme un obstacle
aux investissements. La bureaucratie et la corruption le sont également.
Mais tout ceci n’explique pas cette si grande réticence envers un pays,
l’Algérie, «pourtant assis sur les cinquièmes réserves mondiales de
gaz», selon le quotidien économique français Les Echos !
En fait, l’autre raison, sinon la vraie raison, qui fait de l’Algérie un
pays peu attractif pour les investisseurs européens et anglo-saxons,
relève des inconnues liées au contexte politique. Qu’on le veuille ou
non, la maladie du chef de l’Etat datant de 2005, aggravée en 2013 par
un AVC, inquiète.
Elle a considérablement réduit l’activité présidentielle et, partant,
elle paralyse de fait les institutions du pays. Et ce ne sont ni les
propos d’Abdelmalek Sellal assurant que le Président «est en bonne
santé», ni l’activisme du secrétaire général du FLN Amar Saâdani et
d’autres militant pour un quatrième mandat qui vont rassurer les
partenaires de l’Algérie et dissiper toutes les incertitudes à quatre
mois de l’élection présidentielle dont on se demande si elle aura lieu.

Bien sûr, nos gouvernants ne manqueront pas de mettre en exergue le fait
que le Premier ministre français, qui a rendu visite au chef de l’Etat,
l’a trouvé «très courageux après sa maladie» et «très surpris qu'il
suive à ce point la situation» ! Il n’empêche, concernant le mal dont
souffre le chef de l’Etat, les Français doivent savoir de quoi il en
retourne : le président de la République n’a-t-il pas été hospitalisé à
Paris ?
Le mieux pour nos gouvernants aurait été de publier un bulletin de santé
signé par un panel de médecins afin de mettre un terme à toutes les
rumeurs et spéculations. Mais ils ne l’ont pas fait et ils ne le feront
sans doute pas. Quant à ce que Abdelaziz Bouteflika s’adresse de vive
voix aux Algériens comme le demandent, non sans arrière-pensée, certains
de ses anciens soutiens, rien pour l’heure ne permet de penser qu’il
sera en capacité de le faire.
En attendant, même si le gouvernement ne se réunit plus, tout se passe
comme si tout fonctionnait normalement. On voit des ministres s’activer,
visiter des chantiers, intervenir devant des députés et des sénateurs
faisant mine d’assumer leur mandat d’élus de la nation, alors que chacun
sait que cette normalité politico-institutionnelle qui donne à voir un
pays à l’activité politique normale, est trompeuse.
Une chose semble certaine : l’activisme débordant du Premier ministre –
chaque semaine depuis quelque temps, il visite une ou deux wilayas –
suscite moult questionnements dont celui-ci : serait-il naïf de penser
qu’Abdelmalek Sellal mène une campagne électorale qui ne dit pas son
nom, par procuration ?
Enfin, pour revenir aux rapports entre Alger et Paris, il serait
peut-être temps de cesser de s’illusionner sur la mise en place d’un
«partenariat d’exception» et sur l’idée que la France assume un jour son
passé colonial. N’insistons pas, elle ne le fera pas.
Sans renier le passé, mieux vaut passer à autre chose et aller vers une
banalisation des rapports entre les deux pays au mieux des intérêts de
chacun des deux partenaires, comme ils le sont avec d’autres avec qui
l’Algérie entretient des rapports commerciaux et amicaux. Un tête-à-tête
entre les deux pays ne sert pas forcément les intérêts de l’Algérie.
H. Z.

Categorie(s): chronique du jour

Auteur(s): H. Z.

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