CONSTANTINE: Boukadoum Messaoud, l'un des membres fondateurs de l'étoile nord- africaine, s'éteint à 97 ans

Lesoir; le Samedi 29 Decembre 2007
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«Ce drapeau qui a la prétention de couvrir l’Afrique du Nord n’arrive même pas à protéger la petite tête de Boukadoum». C’est une sentence de Messaoud Boukadoum dit Haouès à l’endroit du capitaine responsable du camp de Reggane où il était détenu durant la guerre de Libération. À la mi-journée, pour le décourager, il l’exposa sous le soleil des heures durant, au pied d’un mat au bout duquel flottait le drapeau français.Ne supportant pas la chaleur, le valeureux combattant tentait de protéger sa tête sous l’ombre du drapeau. Le capitaine lui fit remarquer que lui qui n’a jamais cessé d’insulter cet emblème tentait maintenant de s’en couvrir la tête. Cette histoire peut servir d’obit et d’épitaphe à Boukadoum Messaoud dit Haouès, qui vient de nous quitter, dans la matinée du mercredi 26 décembre, à l’âge de 97 ans. Il a été inhumé à Bir Stal, dans la région de Harrouche, après la prière d’El Asr. Né en 1910, à El- Harrouche, Boukadoum Messaoud est l’un des noms les plus glorieux de l’Algérie. Il est aussi le moins médiatiquement connu ayant quitté la scène politique quelque temps après l’Indépendance. L'aura postindépendante du défunt est méconnue du jeune public. Son parcours du combattant débute avant la naissance de l’Etoile nordafricaine, dont il est l’un des membres fondateurs. Son cycle d’instruction, qui prend racine dans l’école coranique et couronné d’un ingéniorat en électronique à la Sorbonne, en passant par des études primaires et secondaires en Algérie, sera pour beaucoup dans l’ascension fulgurante qui consacrera sa vie militante. D’emblée, il est l’un des principaux organisateurs et encadreurs des évènements du 8 Mai 1945, en sa qualité de responsable national du PPA et proche de Messali El Hadj, ce qui lui avait valu une incarcération à la prison El Koudia de Constantine. Elu en 1947 député à l’Assemblée nationale française pour le département de Constantine, les idées revendicatives et nationalistes du jeune Messaoud y trouveront un terrain propice à leur promotion dans le cadre de la dénonciation du colonialisme et la défense de la liberté de la nation. En 1955, il sera arrêté une seconde fois et emprisonné dans un camp au sud de la France. Deux ans après, il s’évada pour rejoindre le FLN à l’étranger et sera désigné représentant du parti à Madrid puis secrétaire général du ministère des Affaires étrangères du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) en 1958. En 1960, il sera le représentant du GPRA à Belgrade (Yougoslavie), un poste qu’il occupera jusqu'à l’Indépendance. Cette période a été nécessaire pour l’établissement des liens d’amitié entre Boukadoum Messaoud et le président Tito. Ce dernier sera l’ami personnel du défunt et le grand ami de l’Algérie combattante. Boukadoum Messaoud y a été pour beaucoup dans l’aide fournie par la Yougoslavie à la Révolution algérienne. Le dernier rêve de Boukadoum Messaoud, qui est de représenter l’Algérie indépendante en Yougoslavie, ne sera pas concrétisé. Le poste d’ambassadeur à Dakar (Sénégal) sera le dernier qu’il occupera après l’Indépendance. La rupture politique de Boukadoum Messaoud sera consommée quelque temps après l’Indépendance.Zaïd Zoheir

Categorie(s): régions

Auteur(s): Zaid Zoheir

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