DIGOUTAGE: Boukrouh, le canonnier

Lesoir; le Mardi 12 Septembre 2017
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Par Arris Touffan
Franchement, moi, j’aime bien Boukrouh ! Je le dis tout net. Je suis loin
d’appartenir à sa famille idéologique, encore moins à sa famille politique,
c’est même tout le contraire, mais j’aime bien son rôle de trublion érudit qui,
quoi qu’on dise, fait bouger quelque chose dans cet horrible immobilisme qui
nous tient lieu d'agora politique nationale.
Tiens, faire fendre la Grande Muette d’un éditorial de son journal rien que pour
lui répondre, fallait y arriver. Dans quel pays tu aurais vu ça, l’armée
répondant à un intellectuel doublé d’un politique ?
Bien sûr, j’entends tout ce qui se dit sur lui. Il travaille pour un clan, sinon
il n’oserait pas écrire comme ça, de façon aussi audacieuse. Il refait contre
Bouteflika le même coup qu’il fit jadis contre Zeroual, c’est sûr. Il ne
s’avancerait pas comme ça tout seul, il doit avoir des bataillons derrière lui.
Et j’en passe. Et après, suis-je tenté d’objecter ? L’essentiel est que son don
de polémiste cultivé et éclectique provoque et donne une certaine tenue au
débat. Il peut être passionnant, agaçant, bavard, subtil, mais souvent, il vise
juste. Dans le mille. Et il écrit classe, ce qui ne gâte rien ! Son sens de la
formule est un régal.
D’autres lui reprochent d’avoir été ministre et de cracher à présent dans la
soupe qui est, convenons- en, bien refroidie. Il a répondu, je crois, à ce
reproche. De quelque manière qu’on prenne sa réponse, c’est la sienne. Il faut
hélas s’en contenter.
Mais même s’il a été ministre, et qu’il a soutenu Bouteflika naguère, et que
cela ne s’amendait jamais, son talent de polémiste est trop sympa et utile pour
qu’il se taise. On remarque que ces derniers temps, il a fait à lui tout seul,
avec un ou deux articles, et une interview, quasiment toute l’actualité
politique et médiatique dans un pays qui ronronne dans le glauque et l’opaque.

Je ne suis à peu près d’accord avec rien de ce qu’il dit, et encore moins avec
cet appel à l’armée pour qu’elle revienne défaire le roi pour en faire un autre.
Mais je trouve Noureddine Boukrouh nécessaire et même indispensable au débat
d’aujourd’hui. Il a l’air de poser les problèmes dans la durée historique et de
rattacher notre sordide quotidien politique à une espèce de problématique
épique, et ça, c’est de l’art.
A. T.
digoutagesoir@yahoo.fr

Categorie(s): chronique du jour

Auteur(s): Par Arris Touffan

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