FRÉNÉSIE AUTOUR DES PRÉPARATIFS DU RAMADHAN: Pas de signes de crise

Lesoir; le Samedi 20 Mai 2017
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Le Ramadhan a finalement cette particularité d'offrir
au pays un répit qui pourrait faire bien des envieux sous d'autres
cieux. Un véritable temps de pause où toutes les préoccupations sont
mises de côté pour ne regarder que dans une seule direction.
Abla Chérif - Alger (Le Soir) - «C'est le seul moment où les
Algériens s'unissent à la même heure, et lèvent la première cuillère de
chorba selon le même procédé traditionnel qui vient de nos ancêtres»,
commentent nos écrivains contemporains pour décrire le mois qui arrive.
Mais il ne se profile plus, il est déjà là, métamorphosant, dès lors,
les habitudes de tous. Des traditions, ancrées dur comme fer, incitent
une majorité à se lancer dans des préparatifs défiant toutes les
prévisions pessimistes pour le second trimestre d'une année où la crise
économique bat son plein.
Pas besoin de s'éloigner pour remarquer toutes ces fenêtres ouvertes
pour laisser s'échapper des odeurs de peinture fraîche posée sur des
murs spécialement retapés pour accueillir le mois sacré. Et puis, il y a
surtout cette frénésie, dont se délectent beaucoup d'Algériens, dans les
marchés et les centres commerciaux déjà prêts depuis plus de quinze
jours à accueillir leur clientèle.
Pas de restrictions visibles dans les achats ni la qualité des produits
proposés. L'austérité, les retombées de la chute du prix du pétrole, ses
incidences sur le pouvoir d'achat paraissent comme des chimères, des
histoires effrayantes racontées aux petits-enfants qui refusent de se
plier à l'ordre parental. Partout, la même réponse : «Nous avons mis de
côté un budget spécial Ramadhan, c'est sacré, la vie est chère, c'est
vrai, mais on ne peut pas faire autrement», répètent tous ceux auprès
desquels nous cherchons explication.
«Tous les ans, les prix flambent, ils attendent cette période pour
augmenter les prix, je ne vois pas pourquoi cette année je me priverais
de pruneaux ou de viande, on fait assez de restrictions durant l'année»,
rétorque une dame âgée qui s'étonne des plaintes d'un salarié qui avoue,
lui, devoir faire de grands sacrifices pour dépasser l'épreuve du mois
sacré.
Dans les centres commerciaux, une rude concurrence se déroule. C'est à
qui proposera les meilleurs prix, promotions autour des produits
recherchés. Les fruits secs sont à l'honneur. «Pas de différence avec
les années précédentes, on vend bien et en quantité ; sincèrement, on ne
ressent pas vraiment la crise ici», confie un vendeur au centre
commercial Carrefour. La ruée vers les produits recherchés ne connaît
aucun frein.
Les marchés traditionnels sont d'ailleurs inondés de tout ce qui fera le
bonheur des ménagères à la recherche de nouveau pour faire honneur au
mois sacré. La vaisselle, les ustensiles de cuisine, les théières et
bien sûr les nappes sur lesquelles ils seront posés se disputent la
place dans une mosaïque de couleurs où il est souvent difficile de faire
son choix.
Au vieux marché de Belcourt, les achats s'entament dès la matinée.
Femmes et hommes se faufilent le long des ruelles ensoleillées en
frôlant, sans les regarder, les portraits déchirés des candidats aux
législatives, en ne prêtant aucune attention aux slogans virulents qui
emplissent les murs.
Les législatives, le faible taux de participation, la fraude, les débats
autour de la formation du nouveau gouvernement, tout semble déjà bien
loin. Il suffit d'un rapide tour sur les réseaux sociaux pour s'en
convaincre définitivement. Ici, les espaces consacrés aux recettes de
cuisine spécial Ramadhan sont en passe de ravir la vedette aux vidéos
politiques qui ont fait le buzz ces dernières semaines.
Même les commentaires ne sont plus les mêmes. L'intérêt est ailleurs :
la nuit du doute et les débats qui en découlent, la polémique autour des
dates annoncées par l'agence Cyrus et les autorités religieuses, et puis
la date du jour J. Et il en sera ainsi un mois durant.
Le temps s'arrête, y compris pour les responsables du pays engagés de la
même manière dans des préparatifs pour ce mois qu'ils redoutaient tant.
Les marchés de proximité, la facilitation des importations des viandes
rouges, les restos du cœur et puis, surtout, la nouvelle grille Ramadhan
de l'ENTV. A vos chorbas... le reste vient après.
A. C.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): A. C.

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