ICI MIEUX QUE LA-BAS: Dieu a bon dos: Par Arezki Metrefarezkimetref@free.fr

Lesoir; le Dimanche 30 Decembre 2007
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Une année s’en va ? Une, encore, ouais ! Inévitablement. L’une pousse l’autre dans le ronron ou les clameurs de la même mécanique irréversible. Cela date depuis… depuis quand ? Selon que l’on soit évolutionniste ou créationniste, que l’on croie à la science de Darwin ou qu’on se laisse prendre aux boniments de prêtres même pas défroqués, les choses n’ont pas forcément la même genèse.On prête à Malraux cette prédiction régressive : «Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas.» Tout indiquerait, à ce jour, que l’auteur de L’espoir, présumé coupable de cette sombre prophétie, a vu juste. Du moins, en partie. A tous les indices qui démontrent jusqu’à l’absurde la prégnance du religieux aux Etats-Unis, dont ce retour ahurissant des créationnistes, il s’ajoute la forte teinture religieuse des échanges en vue de la présidentielle. La compétition pour une primaire dans le camp démocrate commence à ressembler à s’y méprendre à une joute ecclésiastique. Le camp républicain, lui, encore tout enveloppé dans les limbes évangéliques du bushisme illuminé, se donne des airs de séminaire préoccupé par le Bien. Mais s’il est religieux, ce siècle ne l’est qu’en partie. Qu’en apparence. Derrière le missel, se cache l’argent. Et derrière l’homme de foi qui jure ses grands dieux vouloir le bien de l’humanité entière, on voit distinctement, comme un double perfide, une ombre portée, le pilleur de pétrole et le marchand d’armes. Dieu seul, pour ceux qui y croient comme pour ceux qui le monnayent, ne tient pas le coup. Il faut que des cambistes et des boursicoteurs lui prêtent main-forte. Dieu seul, Dieu pur, ne saurait à quel saint se vouer dans la jungle de ceux qui le vendent. Et ceux-là, ils l’agitent tantôt comme un bâton de pèlerin, tantôt comme un bâton tout court. En filigrane, comme d’inquiétants épouvantails, derrière le dieu des pétrodollars, pétrole du Texas ou d’Arabie saoudite, il y a des stratèges et des manipulateurs qui parviennent à nous faire passer des vessies pour des lanternes, des assassins pour des illuminés et des impérialistes pour de gentils organisateurs d’un nouveau Club Med, celui qui apporte clés en main la démocratie dans des camps de torture. Une année s’en va ? Une autre prend sa place, ouais ! De nouvelles rides, bien sûr, viendront balafrer le parchemin de nos destins. Mais une nouvelle année s’en vient et ce sont de nouveaux sillons qui se dessinent dans la topographie de l’espoir. Lorsqu’on sent que les choses sont perdues, ce dernier, têtu et parfois quelque peu farceur, renaît. Je suis là, nous dit-il, caché derrière ce qu’on présente comme la fatalité du passéisme. Je suis là, répète-t-il, juste là, tapi là où tu ne regardes pas. Vous ne me voyez pas ? Mais moi, je vous vois. L’espoir prend congé, s’enferme entre des parenthèses mais il ne s’en va jamais comme ça. Au moment où aggravant le capital de gestion dévoyée de l’indépendance de tous ses prédécesseurs, le système Bouteflika croit avoir tout nivelé selon ses canons et arasé toute vie politique pour poser comme recours un troisième mandat, l’espoir se lève. Et d’où ? De ce sentiment de se faire avoir ressenti par des pans entiers de la population. Des structures informelles et indépendantes qui cristallisent ce sentiment. Du ras-le-bol qui se manifeste par l’abstention massive aux élections. De la colère et de l’envie de vivre, de s’épanouir, qui pousse des jeunes à devenir des harragas. De l’action, parfois donquichottesque, entreprise par des collectifs situés en dehors des territoires politiques où le système a la possibilité de corrompre, récupérer, anesthésier, et dans tous les camps. Une année s’en va ? Une encore, une de plus, en ce siècle où on veut nous faire passer les vieux conflits d’intérêts entre ceux qui travaillent et ceux qui s’enrichissent du travail de ceux qui travaillent pour un choc des civilisations, une guerre des cultures. Le leurre atteint des dimensions planétaires, jetant dans le désarroi les façons classiques de penser le monde et d’y combattre. L’accélération est d’autant plus remarquable que les grandes manœuvres se réalisent dans des actions spectaculaires comme l’assassinat de Benazir Bhutto au Pakistan. Coupable : un kamikaze islamiste. Conséquences multiples. Mais comme pour les attentats d’Alger du 11 décembre qui, eux aussi paraissaient limpides au premier coup d’œil, il n’est pas mauvais de regarder un peu derrière les apparences. A Alger, comme au Pakistan, ce qui paraît clair a priori n’empêche pas que les racines de ces actes criminels plongent dans des intérêts et des manœuvres infiniment plus opaques. Dieu et ses fous ont bon dos. Bonne année quand même !A. M.

Categorie(s): chronique du jour

Auteur(s): A. M.

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