KIOSQUE ARABE: Sous la chaise, l’adultère: Par Ahmed HALLIhalliahmed@hotmail.com

Lesoir; le Lundi 2 Avril 2007
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C’est le plus sérieusement du monde que les journaux nous ont annoncé la semaine dernière la tenue prochaine d’une conférence internationale sur la «thérapie coranique». Il n’aurait manqué qu’un détail ou deux pour institutionnaliser l’affaire à notre niveau :1) Faire valider le thème par le sommet de la Ligue arabe, en guise de plat de résistance en cette période de disette morale et politique. 2) Déléguer à la conférence nos ministres guérisseurs. Il paraît que nous disposons de véritable spécialistes de cette nouvelle médecine, véritable pied-de-nez à nos facultés, censées enseigner, entre autres, l’art de soigner. Mieux encore, il aurait fallu proposer que ladite conférence se tienne à Alger, en passe de devenir capitale incontestée de l’industrie des divines prescriptions médicales. C’est ici, et nulle part ailleurs, que le Sganarelle de Molière aurait dû avoir le bonheur d’être révélé à lui-même. Il aurait été entouré des «soins» affectueux de toute une corporation de «médecins» malgré nous. Des médecins qui n’ont pas eu besoin de coups ou d’intimidations pour affirmer leur vocation à transformer les textes sacrés en officine pharmaceutique. Quoi de plus révoltant, en effet, que cet acharnement à vider le Saint Coran de sa sève spirituelle sous prétexte de soigner les maladies du corps, au détriment de ceux de l’âme. Je sais, les faux dévots et les professionnels de la saignée (sous toutes ses formes) vont rétorquer que «leur» thérapie est aussi physique que morale. Question : pourquoi ne pratiquent-ils pas sur eux-mêmes cette médecine miraculeuse ? Nous aurions ainsi l’immense avantage d’espérer que la Faucheuse finisse par les réduire à la portion congrue. Il nous restera alors à soigner les médecins, les vrais, qui sont issus de nos universités. La première prescription sera le réapprentissage du serment d’Hippocrate, relégué dans l’oubli. Il faudra ensuite leur délivrer des ordonnances contre la résignation devant la mort (d’autrui). Il faudra bannir de leurs esprits cette expression-refuge : «Il est entre les mains de Dieu.» Doucement, docteur ! Qui vous dit que j’ai envie d’aller voir ailleurs ? Qui vous dit que la providence est pressée de m’accueillir dans son divin giron ? Vous n’en savez rien. Alors apprenez que la civilisation que vous êtes en train de dévoyer a donné les plus grands médecins à l’humanité. Je dis bien médecins et non pas charlatans ou guérisseurs ou encore docteurs en médecine fuyant devant l’ennemi. Comme le rappelle si bien l’Egyptien Khaled Mountassar dans le magazine Elaph, le Prophète lui-même s’entourait de médecins, n’ayant jamais prétendu l’être. Médecin lui-même, notre ami Khaled Mountassar s’insurge notamment contre le terme de «médecine prophétique» inventé par Ibn Al-Qiam. Il rappelle que le Prophète qui avait parlé des remèdes de son temps et de son siècle ne nous a jamais demandé de les utiliser jusqu’au jugement dernier. «Comment peut-on alors parler de médecine prophétique alors que le principal concerné n’était pas médecin», s’interroge le chroniqueur égyptien. Khaled Mountassar, qui dénonce à intervalles réguliers le «commerce religieux» qui fait fureur en Egypte, cite, à cet égard, le cas d’un charlatan Khaled Abd-Al-Al qui s’est décerné le titre de «douktour». Ce dernier, titulaire d’un simple diplôme en éducation physique, s’adonne à la «médecine prophétique » sur les chaînes satellitaires arabes. Évoquant les dégâts occasionnés par les guérisseurs de tous bords, Khaled Mountassar salue cependant le sursaut des médecins et des scientifiques d’Egypte. Il nous informe ainsi que des associations de médecins et de chercheurs ont décidé de porter devant la justice et jusqu’au Parlement le problème de l’exercice illégal de la médecine. Khaled Mountassar rapporte ainsi les propos d’un médecin authentique, doublé d’un théologien, Ahmed Chawki Ibrahim qui se dit révolté par les facilités offertes à ces charlatans. «J’ai vu sur les chaînes satellitaires beaucoup de spectacles d’hommes se réclamant de la médecine, dit-il. Or, il apparaît clairement qu’aucune de ces personnes n’a jamais étudié ou approché la médecine. Je les ai donc entendues tenir des propos dénotant une ignorance crasse qui prête à rire mais aussi à pleurer. Car la majorité des gens tiennent pour argent comptant ce qu’ils racontent comme mensonges.» Parlant du cas particulier de Khaled Abd-Al-Al, le Dr Chawki Ibrahim déplore qu’il ait été invité par les télévisions. «Ce qui a eu pour effet, dit-il, d’augmenter son audace. La faute en incombe aussi bien aux médecins d’Egypte qu’aux responsables du ministère de la Santé. Ces derniers regardent les Egyptiens se faire gruger par des gens qui n’ont jamais mis les pieds dans une faculté de médecine et ils ne font rien». C’est une autre variété de charlatanisme, encore plus insidieuse, qu’évoque l’hebdomadaire Rose-al- Youssef, celle des marchands de fetwas. Le journal énumère la série des «harams» lancée sur Internet et qui touche aussi bien à l’apprentissage de l’Anglais qu’aux connexions de femmes sur Internet sans un guide mâle. Ces fetwas, dont la niaiserie le dispute à l’absurdité, font florès sur le Web et ont leurs sites attitrés. Cependant, Rose-al-Youssef distingue particulièrement une nouvelle venue sur la «bourse des fetwas », une certaine «Cheikha Oum Anass». Cette dernière met en évidence sur son site ces deux marques d’identification : «La savante des deux maisons, de la vie et de l’Au-delà» et «La maîtresse des deux temps, celui qui s’est écoulé et celui qui vient». Outre ces proclamations d’humilité, Oum Anass a validé une fetwa originale qui interdit aux femmes de s’asseoir sur une chaise. Désormais, Mesdames, et à en croire la «Cheikha», vous serez coupables d’adultère pour peu que vous laissiez aller à vous reposer sur une chaise ou un fauteuil. Le principal argument pour interdire la chaise est que les premiers musulmans ne l’utilisaient pas et s’asseyaient à même le sol. «Si la chaise avait une quelconque utilité, le Prophète l’aurait utilisé, dit Oum Anass. Et puis, c’est une création de l’Occident qui peut détourner le musulman de sa foi. Les chaises et autres canapés peuvent, en effet, entraîner des sentiments d’admiration à l’égard de l’Occident qui les a fabriqués. Or, le bon musulman doit s’interdire tout sentiment d’admiration à l’égard de son ennemi. Sans compter que le fait de s’asseoir à même le sol permet l’élévation vers Dieu.» Ce à quoi la journaliste de Rose-al-Youssef réplique que le Prophète n’a jamais utilisé l’électricité, l’automobile et même l’Internet, alors que la Cheikha doit en user et en abuser. Suivent d’autres arguments propres aux femmes que Rose-al-Youssef s’interdit par pudeur de citer et qui tendent tous à démontrer qu’il n’y a pas loin de la chaise à la lubricité. En plus de cette fetwa à l’originalité incontestable, Oum Anass interdit également d’offrir des fleurs naturelles ou artificielles aux malades dans les hôpitaux. Elles n’apportent rien et finissent à la poubelle. C’est encore une imitation aveugle de l’Occident. Enfin, le nec plus ultra de la fetwa, celle-ci : «Il est permis de mentir et de commettre un faux, au service de la nation musulmane et contre les Béni-Oulmane (les laïcs et plus généralement les Occidentaux). Par cet édit, Oum Anass prétend manifester son soutien à une prêcheuse saoudienne, récemment convaincue de mensonges et de calomnies. A part ça, tout va très bien dans le monde de «Hadj Ubu».A. H.

Categorie(s): chronique du jour

Auteur(s): A. H.

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