L’ATTENTAT AVAIT CIBLÉ LE SIÈGE DU SOIR D’ALGÉRIE EN PLEIN RAMADHAN : Il y a 22 ans, l’horreur

Lesoir; le Jeudi 11 Octobre 2018
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Il y a vingt-deux ans, jour pour jour, en ce sinistre
11 février 1996, Le Soir d'Algérie subissait le plus terrible des
attentats perpétrés contre la presse et les journalistes algériens de
toutes ces années d'enfer terroriste. Les sanguinaires du GIA avaient
programmé, ce jour-là, un vrai massacre collectif contre l'un des
remparts qui se dressaient sur le chemin de leur macabre projet, la
presse nationale. D’où le choix du Soir d'Algérie. Créé le 3 septembre
1990, le Soir d’Algérie est le doyen de la presse indépendante en
Algérie, l'un des rares acquis de l'ouverture post-5 Octobre 1988. La
presse indépendante, en ce début de la décennie 1990, combattait
farouchement les obscurantistes islamistes et leur projet mortel pour le
pays. Tant le projet politique que celui franchement terroriste sur le
terrain. Un terrorisme qui connaîtra une brutale recrudescence après le
salutaire arrêt du «processus électoral», avant de prendre des
proportions vertigineuses dès l'été 1992 après l'assassinat du défunt
Mohamed Boudiaf. La machine à tuer de l'intégrisme n'épargnera aucune
catégorie de la société algérienne : les militaires, les policiers, les
intellectuels, les syndicalistes, les militants politiques, les anciens
moudjahidine, et, bien entendu, les journalistes.
Le 26 mai 1993, Tahar Djaout inaugure la liste macabre des confrères
assassinés. Ils seront des dizaines de femmes et hommes de médias à
payer de leurs vies leur résistance héroïque face aux fossoyeurs de
l'Algérie.
Tant d'assassinats individuels, dont la défunte Yasmine Drici,
correctrice au Soir d'Algérie, n'ont pas eu raison d'une corporation qui
se battait pourtant les mains nues face à un terrorisme hyper-armé et
bénéficiant de scandaleux appuis politiques, moraux et logistiques à
l'étranger. Il fallait, coûte que coûte, étouffer cette voix des médias
algériens qui traitaient les terroristes comme tels et non pas en tant
qu'«opposition armée», comme les nommait une certaine presse française,
par exemple.
L'attentat du 11 février 1996 contre Le Soir d'Algérie se voulait ainsi,
dans l'esprit de ses commanditaires, un message fort, le coup fatal
contre la presse algérienne et qui fera taire à jamais cette corporation
insolente, insoumise et indomptable.
Les commanditaires de cette abominable entreprise auront tout planifié :
l'horaire, aux alentours de 15h, en plein mois de Ramadhan à une heure
où, pour le quotidien, l'on enregistre d'habitude le point culminant en
termes de présence. C’est cette heure-ci que les terroristes choisissent
pour donner l’«assaut», un lâche attentat perpétré à l'aide d'un fourgon
bourré de plus de 300 kg de TNT. Une telle charge était destinée à
accomplir un vrai massacre collectif, une boucherie qui marquera les
esprits. La violence de l’explosion, ressentie à des kilomètres à la
ronde des lieux de l'attentat, avait tout simplement soufflé tout ce qui
était les locaux du Soir d'Algérie. Mais, surtout, a coûté la vie à
trois de nos collègues. Allaoua Aït Mebarek, le directeur de la
rédaction, Mohamed Dorban, le caricaturiste-chroniqueur, et Djamel
Derraza, qui s'occupait de la page détente, nous quitteront à tout
jamais en ce triste 11 février 1996. Plusieurs autres de nos collègues
subiront aussi dans leur chair de profondes blessures et, pour tout le
monde, ce sera un traumatisme et un choc. Le fourgon de la mort coûtera
également la vie à d'anonymes citoyens, 26 au total, qui se trouvaient
dans la rue Hassiba-Ben-Bouali, qui longe les locaux du journal. Ce
drame laissera des séquelles chez tous ceux qui ont survécu, 22 ans
après, mais n'a jamais réussi à faire plier le journal. Dans la douleur,
par défi et, surtout, par devoir et en hommage aux martyrs du journal,
toute l'équipe rescapée se mobilisera pour une mémorable résurrection,
et ce sera le titre du premier numéro de l'après-11 février, paru le 25
février 1996. Une victoire sur soi-même et une grande gifle pour les
terroristes. Il faut dire que la solidarité de la corporation n'était
pas une vue de l'esprit. Grâce aux confrères d'El Watan, Hiwar Com,
Liberté, El Khabar, Horizons, El Moudjahid et bien d'autres, l'équipe du
Soir d’Algérie, qui avait trouvé refuge dans les locaux d'El Watan, a pu
réussir ce numéro de la renaissance et reprendre son combat contre
l’obscurantisme, aux côtés de ses lecteurs.
Kamel Amarni

Categorie(s): actualités

Auteur(s): Kamel Amarni

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