MÉDECINS RÉSIDENTS, ENSEIGNANTS, SITUATION ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE: Les étranges déclarations d’Ouyahia

Lesoir; le Jeudi 18 Octobre 2018
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Attendue pour un éclairage sur la position
gouvernementale sur les mouvements sociaux en cours, l’intervention
publique d’Ahmed Ouyahia a davantage accentué le flou.
Abla Cherif - Alger (Le Soir) - Ce flou s’est épaissi pour plusieurs
raisons. La première a trait au fait que ce dernier a dû attendre
l’opportunité offerte par la célébration du 21e anniversaire de son
parti, le RND, pour s’exprimer sur les évènements sensibles qui secouent
le pays depuis plusieurs semaines déjà. L’opinion s’était interrogée sur
le silence dans lequel il s’était muré depuis sa dernière conférence de
presse organisée à l’issue des travaux du conseil national de son parti.
Elle date du 20 janvier dernier. Ouyahia avait alors répondu à ses
détracteurs, Chakib Khelil tout particulièrement, mais sous la casquette
de secrétaire général du RND. Et c’est en tant que tel qu’il s’est donc,
à nouveau, exprimé ce week-end. La période qui sépare les deux
interventions publiques inscrites lors d’activités partisanes était un
passage à vide.
Pendant tout ce temps, le Premier ministre est resté sans mot dire face
aux sérieux évènements qui se déroulent. Un choix tactique ? Politique ?
Ou tout simplement une astreinte à des directives ? Peu de temps après
son arrivée à la tête du gouvernement, des informations persistantes
avaient circulé pour laisser entendre que ce dernier avait été
interpellé suite aux discours alarmants qu’il tenait. Le «canal»
officiel étant obstrué, lui fallait-il donc s’inscrire dans un cadre
partisan pour rompre un silence qui ne pouvait plus longtemps durer ?
Quelle que soit la réponse, l’évènement a eu pour effet de brouiller
davantage le tableau.
La seconde raison est liée directement à ses propos tenus lors d’un
meeting organisé à Biskra pour la célébration du 21e anniversaire du RND.
De là, Ouyahia a carrément désavoué un membre de son exécutif, celui des
Finances en l’occurrence.
Les toutes récentes déclarations de Abderrahmane Raouya, qui évoquait
l’éventualité de supprimer les subventions de l’essence dès 2019, ont
été qualifiées de «mensonges». «Après les déclarations d’un responsable
dans des médias, les marchands de la politique ont sauté sur l’occasion
pour accuser l’Etat de chercher à appauvrir le peuple», déclare-t-il
avant d’asséner : «Il n’y aura pas de levée des subventions, ni sur
l’essence, ni sur le pain, ni sur le lait, ni sur l’électricité ou
autres.» Le fait est grave et sans précédent, d’autant qu’Ouyahia a
enchaîné en se livrant à d’autres déclarations qui jettent l’équivoque
sur le sujet. «Il est temps que l’anarchie s’arrête (…) il est temps au
nom de la démocratie et de la liberté d’expression de dénoncer ces
comportements», dit-il.
A qui s’adressait alors Ouyahia ? Son ministre des Finances ? Si tel est
le cas qu’est-ce qui pourrait justifier une telle véhémence à son égard
? Habilement, Ouyahia a créé l’amalgame en enchaînant sur la grève des
médecins résidents et des syndicats autonomes du secteur de l’éducation.

«Le train de l’anarchie doit s’arrêter car il peut mener à des dérapages
(...) cette situation ne peut pas durer», poursuit-il en citant cette
fois-ci les grévistes qu’il appelle à reprendre du service. A l’égard
des protestataires, le SG du RND a usé de termes durs. Les enseignants
grévistes ont été qualifiés de «pirates» qui «dispensent des cours à 500
DA l’heure dans des garages», alors qu’une fin de non-recevoir a été
signifiée à la principale revendication des médecins résidents lesquels
espèrent une suppression du service civil. Ses propos ont été très mal
accueillis par les concernés.
Les syndicats autonomes de l’éducation estiment qu’Ouyahia «n’a fait
qu’ajouter de l’huile sur le feu alors que nous nous attendions à un
dénouement proche du conflit (…) Sa mission est d’apporter des solutions
et ouvrir le dialogue et non pas d’avoir recours aux menaces». Les
médecins grévistes ont, quant à eux, organisé hier matin un
rassemblement à l’intérieur de l’hôpital Mustapha, pour défier Ouyahia
en scandant «nous n’avons pas peur».
A. C.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): A. C.

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