NOUREDDINE BAHBOUH, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L’UFDS, AU SOIR D’ALGÉRIE :: «L’opposition agit d’une façon très responsable»

Lesoir; le Mercredi 25 Mai 2016
2

Entretien réalisé par Mohamed Kebci
Le secrétaire général de l’Union des forces démocratiques et
sociales (UFDS) ne croit pas trop en la disponibilité du pouvoir, même
affaibli aujourd’hui, à s’ouvrir à l’opposition pour les besoins d’un
véritable débat politique en vue d’amorcer une transition démocratique
réelle à laquelle celle-ci ne cesse d’appeler depuis des mois. Pour
Noureddine Bahbouh, qui émarge au sein de l’Instance de concertation et
de suivi de l’opposition, ce pouvoir ne veut toujours pas se départir de
sa logique, excellant, selon lui, dans l’art des mêmes subterfuges et sa
politique du «fait accompli». Et pas que cela, soutient encore cet
ancien ministre et ex-chef de groupe parlementaire du RND, ce même
pouvoir ne cesse de travestir les revendications de l’opposition dont la
dernière en date, celle prônant une instance permanente indépendante
chargée de l’organisation des élections du début jusqu’à proclamation
des résultats, qui vient d’être constitutionnalisée. Et d’estimer que
face à cet entêtement du pouvoir à se maintenir coûte que coûte,
l’opposition agit d’une façon «très responsable», et qui considère que
«le changement est inévitable et qu’il doit se faire dans le calme».

Le Soir d’Algérie : Vous êtes membre de l’Instance de concertation et de
suivi de l’opposition issue de la première conférence de Mazafran. Une
instance qui s’est «éclipsée» depuis Mazafran II, fin mars dernier…
Noureddine Bahbouh : Affirmer que l’Instance de suivi et de
concertation de l’opposition s’est «éclipsée», c’est faire une
conclusion trop hâtive. Dois-je rappeler que sa mission est précisée
dans les documents portant création de cette instance et que
l’opposition active selon le plan d’action qu’elle s’est défini de
manière consensuelle. Tous les partis politiques et les personnalités
composant cette dernière sont constamment sur le terrain, occupent
l’espace médiatique lorsqu’ils sont sollicités, prennent position sur
tel ou tel événement politique majeur. Cette instance n’a jamais cessé
d’attirer l’attention du régime politique en place sur les conséquences
éventuelles découlant de sa gestion populiste. Elle n’a jamais été
écoutée, elle a été plutôt taxée de vouloir déstabiliser le pays. La
réalité d’aujourd’hui prouve, hélas, tout à fait le contraire. Pour ma
part, je considère que l’opposition agit d’une façon très responsable au
regard de tous les dangers qui guettent le pays en l’absence d’un centre
de décision, d’institutions légitimes et crédibles et d’une gestion à
vue des affaires de l’Etat. Ce qui désole plutôt, ce sont les réactions
du pouvoir et de sa clientèle composée essentiellement de partis
politiques considérés à tort comme majoritaires, vis-à-vis de cette
opposition qui la traitent souvent avec des propos tendancieux et
irresponsables, oubliant souvent que ce sont des Algériens aimant leur
pays et défendant une idée différente de la leur sur la manière de gérer
les affaires du pays.

Que répondez-vous à ceux qui soutiennent que l’opposition a atteint
ses limites, n’ayant pu, jusqu’ici, inverser le rapport de force
toujours en faveur du pouvoir ?
Demander à l’opposition d’inverser tout de suite le rapport de force
dans les conditions actuelles avec toutes les restrictions et les
entraves subies, c’est difficile. Toutefois, le travail effectué par
l’opposition jusqu’à présent a mis à nu la politique populiste menée à
ce jour par le pouvoir. La distribution de la rente tous azimuts n’a pas
suffi à cacher les tares et les insuffisances de sa gestion. La
population se rend compte aujourd’hui de plus en plus de la mauvaise
gouvernance dont les conséquences commencent à se faire sentir au
quotidien et à tous les niveaux. Au vu de ces constats, l’opposition
considère que le changement est inévitable et qu’il doit se faire dans
le calme.

Les élections législatives et locales prévues l’année prochaine ne
sont-elles pas pour quelque chose dans ce fléchissement de l’opposition
?
Je ne vois pas de quel «fléchissement» vous parlez considérant de votre
part que cela doit être lié aux futures échéances électorales. Il y a
lieu de vous confirmer, ici, que ce sujet n’a jamais été abordé ni au
sein de l’Instance de concertation, ni à notre niveau au sein du Pôle
des Forces du changement qui s’est réuni, d’ailleurs, la semaine passée
pour débattre de la situation actuelle du pays. Les préoccupations de
l’opposition sont pour le moment ailleurs. Elles portent essentiellement
sur la dégradation de la situation économique et sociale, sur les
menaces terroristes à nos frontières, sur la restriction des libertés et
les dérapages de tout ordre. Parler maintenant d’élections législatives
nous semble inopportun tout en étant conscient que c’est le souhait du
pouvoir de faire en sorte que cela soit le sujet de préoccupation majeur
de l’opposition pour faire diversion. L’opposition aura certainement à
se prononcer sur ces échéances le moment venu. Evitons donc de
précipiter les choses.

Et l’histoire de l’instance indépendante de supervision de ces élections
qui vient d’être constitutionnalisée ?
Cette question est intimement liée à la précédente. Pourquoi parler
d’élections législatives alors que l’instance que vous venez de citer
n’a même pas vu le jour. Toutefois, vous me donnez ici l’occasion de
parler de cette instance qui existait déjà dans la loi organique portant
organisation d’élections et que le pouvoir n’a fait que
constitutionnaliser par le dernier amendement de la Constitution. Vous
remarquez que ce pouvoir use toujours des mêmes subterfuges pour faire
valoir sa «politique de fait accompli» et donner un semblant d’accord à
la demande de l’opposition. Je dois rappeler que cette dernière a
demandé la création d’une instance permanente indépendante chargée de
l’organisation des élections du début jusqu’à proclamation des
résultats, et cela avant un quelconque amendement de la Constitution.
Va-t-il continuer de mener sa «politique de fait accompli» dans
l’installation de cette instance qui doit, en principe, faire l’objet
d’une loi définissant ses attributions et sa composante, ou ouvrir un
débat responsable autour de cette question ? On verra. Pour ma part, je
doute fort que ce pouvoir, affaibli aujourd’hui, va se rendre à
l’évidence d’une nécessité de l’ouverture d’un véritable débat politique
en vue d’amorcer une transition démocratique réelle.

N’y apercevez-vous pas une reconfiguration de la carte politique
nationale ?
Pourquoi une nouvelle reconfiguration politique dans la situation
actuelle, alors que les choses sont claires. Vous avez d’un côté un
régime soutenu par des partis politiques transformés totalement en
comité de soutien depuis une quinzaine d’années autour de programmes
dont on ignore le contenu. Un soutien à un homme beaucoup plus qu’à un
programme en contrepartie de quelques postes de responsabilité et
d’autres avantages ; et, de l’autre côté, des partis politiques de
tendances différentes qui s’opposent à leur vision et à cette situation
compromettante pour le pays. L’opposition réclame haut et fort un Etat
de droit bâti autour d’institutions légitimes avec des élections propres
et honnêtes, ce n’est malheureusement pas le souhait du pouvoir en place
ni de ses soutiens qui croient toujours en l’homme providentiel. On ne
pourra parler de nouvelle configuration politique qu’une fois les
conditions d’une démocratisation de la vie publique réunies et qu’une
fois le véritable poids de chaque parti politique au sein de la société
connu avec des élections transparentes. Les agissements actuels du
pouvoir et les différentes attaques contre tous ceux qui ne sont pas de
son bord nous font penser qu’on est loin de tout cela, à moins que… !

Quelle lecture faites-vous de l’affaire du rachat du groupe El Khabar
par une filiale du groupe Cevital ?
Tous les Algériens savent, et précisément les opérateurs
économiques, que ce régime veut mettre au pas tout le monde. Pour
réussir, il faut être ou son soutien inconditionnel ou se taire. Pour
revenir à votre question, pensez-vous que Rebrab aurait subi un «tel
acharnement» s’il avait soutenu le quatrième mandat et les autres
mandats ? Maintenant pour être plus précis, je considère que l’affaire
El Khabar est intimement liée à la liberté de la presse qu’on veut à
tout prix museler à l’approche des futures échéances et à la course
ouverte à El-Mouradia. Sinon comment expliquer qu’une affaire purement
commerciale dont l’unique garant est le notaire chargé de l’opération se
trouve subitement être une préoccupation majeure d’un gouvernement ? Le
ridicule, c’est qu’on reproche à Rebrab de politiser l’affaire, alors
que c’est tout à fait le contraire. C’est une autre manière de diversion
du pouvoir afin d’éluder les véritables problèmes que vit le pays et les
préoccupations des citoyens.
M. K.

Categorie(s): entretien

Auteur(s): M. K.

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..