SOIT DIT EN PASSANT: Dans la rue, ils bravent l’autorité !

Lesoir; le Mardi 17 Avril 2018
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Par Malika Boussouf
malikaboussouf@yahoo.fr
J’étais dans un taxi ce jour-là, aux alentours de la Grande-Poste.
Médecins résidents, pharmaciens et dentistes occupaient l’esplanade et
le chauffeur que l’on pouvait penser indifférent à l’ambiance qui y
régnait s’est mis à m’expliquer pourquoi ces derniers étaient en colère.
Plus surprenant encore, il soutenait le rassemblement, argumentant,
anecdotes à l’appui, et pas des plus sympathiques.
Un chauffeur de taxi, c’est quelqu’un qui vous donne une température
fiable. Il échange à longueur de temps avec les personnes qu’il
transporte. Et lorsque les gens à bord se révèlent attentifs à ce qui
les entoure, il se laisse prendre au jeu et partage avec eux ce que
d’autres lui ont confié précédemment.
Il lui arrive aussi souvent de donner son avis sur ce qui se passe ici
et là, et sur les hauts responsables que la crise inquiète mais pas pour
les mêmes raisons que ceux d’en bas. Il est d’accord avec les
revendications des médecins.
«A quoi ça sert d’aller travailler dans un bureau quand vous n’avez même
pas de stylo pour écrire ? Ces médecins, pourquoi on veut les obliger à
aller soigner dans des hôpitaux laissés presque comme qui dirait à
l’abandon ?»
Et tandis que mon interlocuteur s’interroge à haute voix sans attendre
mon approbation, je me dis, sans hésitation aucune, qu’il a plus de
choses à me dire que moi à lui apprendre. Mais je m’y risque quand même,
histoire d’en savoir plus. «L’Etat estime que ces médecins-là doivent
lui rembourser ce qu’il a dépensé pour les former. Pour en faire de bons
spécialistes.» «Alors, là, laissez-moi vous dire madame, enti niya walla
wachen, vous êtes naïve ou quoi ? Et de qui ils se moquent tous ?
Comment l’Etat va faire pour se faire rembourser si il les envoie se
tourner les pouces dans des endroits où il n’y a ni médicaments, ni
instruments, ni quoi que ce soit pour se roder en tant que spécialiste ?
Il faut dire la vérité aux Algériens ! Si les malades viennent se
soigner ici, c’est qu’ils n’ont pas les moyens de le faire chez eux.
Alors, je vous le dis franchement, je ne suis pas pour le n’importe quoi
mais quand nos enfants ont raison, ils ont raison.»
M. B. 

Categorie(s): chronique du jour

Auteur(s): lesoir

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