Tendances: Il fait un temps

Lesoir; le Mercredi 12 Juillet 2017
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Youcef Merahi
merahi.youcef@gmail.com
J’avais
dans l’idée de parler de ce temps caniculaire où il n’est pas de bon
aloi de mettre dehors un crâne dégarni. Il faut comprendre, les amis. Ça
tape fort. Très fort ! J’ai beau épier la météo, rien n’y fait. Le
lendemain, l’air est chaud, irrespirable et inquiétant. La moiteur
emprisonne mes gestes. Les branches des arbres sont immobiles, drôlement
immobiles ; des arbres au garde-à-vous, c’est du tout cuit ! Je bois des
litres d’eau, c’est conseillé, me dit-on. Un laps de temps, j’ai
toujours l’impression d’avoir soif. Puis, je coule de partout. Mon
organisme rejette cette eau par tous les pores de mon corps. Je coule,
vous dis-je ! Ça ne s’arrange pas la nuit. L’air suspend son cours. Il
fait toujours aussi chaud. Je ne dors plus. Je confirme mes insomnies.
J’ai l’air de me plaindre. Oui, en effet ! Je me plains. Car je ne
supporte pas cette chaleur. L’âge n’arrange rien. Et l’autre de me dire,
toute la planète surchauffe. Et alors ? Il n’en demeure pas moins que je
ne supporte pas l’été. Je lui préfère l’hiver. Un peu de frais, par
pitié ! Si au moins cette cigale, tapie quelque part sur cet arbre, sous
lequel je tente de reprendre ma respiration, arrêtait d’ouvrir son
clapet. Qui c’est qui a dit que la cigale chantait tout l’été ? La
Fontaine ? Il n’est pas si malin que cela notre fabuliste. La cigale ne
chante pas du tout. Elle crie. Elle hurle. Elle gueule. Et si je
m’écoutais, je dirais qu’elle «tintamarre». Ouais, elle tintamarre.
A cela, il faut ajouter la mauvaise nouvelle de l’arrêt de l’importation
de chocolat. Le chocolat ! Mon kiffe. Mon nirvana. Ma faiblesse. Mon
amour. Houbbi. Tayri-w. Ma perdition. Adieu Nutella. Adieu chocolat
noir. Et l’autre de me houspiller : «Comment vas-tu faire, désormais ?»
Hé, hé ! J’y ai réfléchi, déjà. Je ferai comme avant. Il y a le cabas.
J’ai bien ramené de la banane de Paris, au temps où ce fruit exotique se
vendait aux seuls responsables par la Cofel. Ah, le temps épique de la
Cofel ! Et de la Révolution agraire. Bien, reprenons. D’abord, je vais
stocker du chocolat au maximum. Oui, le stocker ! Au fait, y a-t-il une
date de péremption sur le chocolat ? Je ne sais pas. Je n’ai jamais pris
la peine de vérifier, tellement j’étais pressé de me débarrasser de
l’enveloppe, pour engloutir la tablette. Mais qui a eu l’idée folle de
penser à stopper l’importation de ce don de Dieu ? Le Premier ministre ?
Je pense lui envoyer un recours en grâce. Bon, qu’on n’importe plus la
mayonnaise, je comprends. Je n’aime pas la mayonnaise. On peut s’en
passer. On peut enduire nos sandwichs d’huile d’olive, made in bladi.
Zit k’baïl ! La moutarde ? Je ne sais pas. Il y a bien des amateurs.
Mais elle ne figure pas sur la liste, je crois. La bonne moutarde de
Dijon ! Ça flatte les narines. Ça relève la viande. Mais le chocolat, ya
djmaâ ! C’est de l’injustice crue, Wallah ! Je demande un compromis :
qu’on n’importe plus le chocolat blanc, je suis d’accord. Mais le
chocolat noir, ya khawti ! Je ne pourrais pas m’en passer. Impossible.
Je vais être en manque. Rien que d’y penser, j’en tremble de désespoir.
Et l’autre qui me suggère de consommer du chocolat made in houna. Je
veux bien. Encore faut-il qu’il ait juste la texture du choco made in
là-bas. Il n’y a pas photo, ya ssi !
Et notre ministre des postes qui arabisent la Poste ! Mais qu’est-ce
qu’il y a de particulier à cela ? De singulier ? D’étrange ? L’arabe est
langue officielle, c’est dit dans la Constitution. Notre ministre ne
fait qu’appliquer la mère des lois, elle arabise son secteur. Puis, il
faut durer. Pour durer, il faut plaire. Aussi, je ne comprends pas ceux
qui ont fait des gorges chaudes devant cette décision hautement
ministérielle. Avant, il nous fallait des écrivains publics pour les
documents en langue française ; maintenant, il nous en faut pour la
poste algérienne. Où est le mal ? Cette décision influe d’ores et déjà
sur le chômage. Une machine à écrire ! Une autorisation communale ! Un
coin ombragé sur le parvis de la poste ! Et hop, le tour est joué.
Bravo, Madame la Ministre ! Un facebooker m’a surpris : il recommandait
à notre ministre de s’occuper du professionnalisme de ses postiers. Et
de l’état des postes, en général. Mais tout ça viendra à temps utile !
Il y a des priorités dans la vie, ya khaï. L’arabe fait partie des
constantes nationales, il ne faut pas l’oublier. C’est inscrit dans la
Constitution algérienne. Puis, il n’y a qu’à se mettre à l’arabe. C’est
aussi simple que cela ! Ce n’est pas la mer à boire. Un recyclage
par-ci, des cours du soir par-là, et le tour est joué ! Ne faisons pas
la fine bouche, s’il vous plaît. Vous ne voulez pas qu’on francise la
poste, tout de même.
On revient aux sources ! Doucement, le tour de tamazight viendra, le
jour où les poules auront des dents. Tamazight est officiel, c’est aussi
porté sur notre Constitution. Bientôt, quand les conditions seront
réunies, on amazighisera la Poste. Et tout le reste ! Puis on fera des
gorges chaudes. On dira que tamazight est une langue vernaculaire.
Qu’elle est faite pour le foyer. Qu’elle représente le passé lointain.
Qu’elle ne porte pas en elle l’avenir. Et si je vous disais que la
nature de l’Etat est la vraie question de l’heure ! Ce n’est ni ces
wilayas qui vont naître incessamment. Ni les élections municipales à
venir. Ni la réfection de l’autoroute Est-Ouest. Ni les migrants
africains. Ni l’arrêt de l’importation du chocolat. Ni la banane. Ni les
restrictions diverses. Ni le prochain remaniement. Ni ces villes qui
croulent sous les ordures. Ni l’incivisme ambiant. Je vous le dis tout
de go : il y a un problème de la nature de l’Etat. Un jour, il faudra
bien qu’on en discute sérieusement.
Cette canicule n’arrange rien, comme je vous le dis. Je nage dans ma
transpiration. Il suffit de vouloir se rafraîchir que le robinet vous
fait le bras d’honneur. Il siffle de soif, le robinet. Oui, lire me
permet d’oublier. De m’évader. D’aller ailleurs, sans visa et sans
phobie de l’avion. De pénétrer un monde, celui de l’autre. De
l’écrivain, cet être fascinant. Il fait déjà nuit, il fait toujours
aussi chaud. La clim, il ne faut pas y penser. Ça booste la facture de
Sonelgaz. A moins qu’on nous applique un ratio, une espèce de
coefficient de corrélation. Plus il fait chaud, plus on paiera moins. Ça
s’est fait pour le Sud, une fois. Il n’y a plus de Nord. Il fait autant
chaud ici que là-bas. Mais la Sonelgaz dispose du monopole. Et qui dit
monopole…
En attendant que le temps nous fasse son obole de fraîcheur, je vais
mastiquer un carré de chocolat noir, en pensant à la période de
chocolat… maigre.
Y. M.

Categorie(s): chronique du jour

Auteur(s): Y. M.

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