TLEMCEN: Sidi-Hamed croule sous le poids du trabendo

Lesoir; le Mercredi 31 Octobre 2007
2

Derb-Sidi-Hamed est en quelque sorte le “Tati” des Tlemcéniennes. Ce “souk enssa” situé au cœur de la Médina ne désemplit jamais, qu’il fasse beau ou qu’il pleuve, il reste le passage obligé que tout le monde emprunte. Le Derb a acquis une réputation telle qu’il est devenu par la force des choses le seul endroit où l’on ne risque pas de souffrir de solitude, mais c’est aussi l’endroit où les pickpockets font leur apprentissage car les gens sont plutôt occupés à admirer les fringues posées à même le sol.Au début des années 1980, certains commerçants d’Alger venaient directement s’approvisionner au Derb. A ce jour, l’argent brassé à longueur de journée dans cette place devenue une véritable zone franche échappe bien sûr au fisc. Ce commerce à grande échelle, bien qu’illégal, est plutôt toléré, et certains propriétaires de boutiques qui activent dans la légalité sont confrontés à cette concurrence qui a ruiné plus d’un. Voyant leur commerce s’effriter, beaucoup de magasins ont baissé rideau. Le produit local ne peut en effet rivaliser avec les marques importées de Turquie, de Syrie, d’Egypte et parfois même de la lointaine Thaïlande. Cependant, le virus de ce business n’est pas l’apanage des hommes, la gent féminine s’est imposée à Sidi-Hamed. En effet, des dames n’hésitent pas à faire le déplacement jusqu’à Damas, car tout se liquide à Sidi-Hamed. Le goût de l’aventure et de la réussite a plutôt émancipé la femme. Le trabendo n’est pas une affaire de “machos”. Ni les longs trajets ni les tracasseries de la douane ne peuvent décourager les “beznassate”. A la fermeture de la frontière algéro-marocaine, tout le monde pensait que c’en était fini du trabendo, mais cette activité se porte plutôt bien et reste une affaire de professionnels. La légendaire El-Kissaria, qui était le berceau de l’activité commerciale à Tlemcen, est en train de disparaître peu à peu. Les produits traditionnels sont boudés, à l’exemple du fameux haïk et le tapis tlemcéniens qui, tout au plus, évoquent une certaine époque quand l’artisanat était un véritable joyau de la capitale des Zianides. Tlemcen, ville d’art et d’histoire, essaye de s’accrocher à son passé mais pour combien de temps encore ? Sidi-Hamed et la vieille Médina n’attirent plus de touristes, c’est devenu la chasse gardée des affairistes. Elle est bien loin cette époque où les futures mariées prenaient d’assaut les magasins d’El-Kissaria pour garnir leur trousseau. Le haïk et le mendil de nos aînées appartiennent déjà au passé et c’est bien triste pour une ville conservatrice qui croule sous le poids du trabendo.Faïza B.

Categorie(s): régions ouest

Auteur(s): Faïza B.

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..