33e ÉDITION DU FESTIVAL DU FILM FRANCOPHONE DE NAMUR, L’éloge de l’amour et de la raison

Liberte; le Jeudi 4 Octobre 2018
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Il y a des films qui vous prennent par les tripes dès les premières images et vous remuent le long de la projection. Parmi eux figurent “Jusqu’à la fin des temps” de l’Algérienne Yasmina Chouikh, “Amal” de l’Égyptien Mohammed Siam et “La chute de l’empire américain” du Canadien Denys Arcand.

Les Namurois sont plongés au cœur du 7e art, à l’occasion de la 33e édition du Festival du film francophone, qui voit la participation du Canada, de l’Afrique noire, de l’Asie et de l’Afrique du Nord. Les films se succèdent, mais ne se ressemblent pas. Il y a des films qui vous prennent par les tripes dès les premières images, vous remuent le long de la projection et vous laissent des démangeaisons dans la tête à la sortie de la salle. Parmi eux figurent Jusqu’à la fin des temps de l’Algérienne Yasmina Chouikh, Amal de l’Égyptien Mohammed Siam et La chute de l’empire américain du Canadien Denys Arcand. Les trois films font l’éloge de la raison et de l’amour. Incontestablement, Jusqu’à la fin des temps est l’un des films les plus marquants de la nouvelle génération des cinéastes algériens. Nous n’avons volontairement rien lu, entendu ou vu sur ce film avant cette projection namuroise. On a voulu le découvrir avec l’innocence du premier regard et la vigilance que tout critique manifeste envers les films sur lesquels pèse le poids de l’idéologie officielle qui y a mis de l’argent. Quelle fut notre surprise de découvrir dès les premières images une œuvre qui répand un parfum de liberté. Le dispositif cinématographique mis en place – dont le point d’orgue est une chute ouverte où l’espoir, l’incertitude et la joie se mélangent – obéit à une volonté de restituer un réel complexe sans pour autant sacrifier les exigences d’un cinéma poétique et suggestif. Outre cela, la réalisatrice, sans louange gratuit aucun, a fait preuve d’une bonne maîtrise de la direction de ses acteurs qu’elle a su soustraire au jeu télévisuel, si fréquent dans le cinéma algérien et si desservant, pour privilégier l’expression à travers des cadrages significatifs, un jeu d’acteurs mesurés. Le propos prend de l’épaisseur par le truchement de dialogues pesés et concis. Ils sont truffés de répliques soutenues par d’excellentes prestations des comédiens dont l’épatant couple Boudjemâa Djilali et Djamila Arres, qui font office presque de maximes. La réponse du personnage principal quand il a été interpellé par son collègue, en voyant un attroupement de personnes qui se chamaillaient, illustre cela : “- Qui est mort ? -La raison !” Ajoutez à cela, les silences et des non-dits éloquents qui ponctuent le film. En substance, à travers ce film, la réalisatrice livre une analyse de la société algérienne où justesse, ironie, clairvoyance sont mariés, au grand bonheur des esprits fins. On ne peut arrêter de parler de ce film, sans saluer le courage de la réalisatrice qui a choisi de sortir du carcan moralisateur pour donner une place de choix à la sensualité et à l’amour, qui ont désertés les films algériens, sans pour autant tomber dans la provocation que le regard occidental affectionne dans les films nord-africains. De son côté, sur un autre registre, c’est à travers un documentaire que le réalisateur égyptien a voulu s’exprimer et livrer son analyse subtile de l’Égypte depuis la chute de Moubarak, et ce, à travers le parcours d’Amal qui, à 15 ans, fait partie des premiers occupants de Sahat El-Tahrir. Amal se comporte comme un garçon manqué et explore la vie dans une Égypte en pleine mutation. Les évènements la forgent, la rendent mûre et impliquée dans la société. Imperceptiblement, elle cède au poids de la morale, malgré son fort tempérament, et va porter le hijab. Nonobstant, elle est restée un personnage attachant qui se cherche à l’image d’une Égypte qui a fait des choix aux conséquences incertaines. Géopolitique et mondialisation obligent ! Une mondialisation qui a été au centre du film La chute de l’empire américain du Canadien Denys Arcand, initialement titré Le triomphe de l’argent. Ce dernier livre une analyse sans concession des dérives de la mondialisation qui est plus un accélérateur de pauvreté et d’inégalités qu’un créateur de richesses. Une chose est sûre, cette mondialisation ne finit pas d’inspirer les réalisateurs et de faire le bonheur du cinéma. Ce film s’ajoute donc à une longue série de films traitant de ce sujet dont Capitalism : a love story (2009) de Michael Moore, Cleveland contre Wall Street (2010) de Jean-Stéphane Bron, Le Capital (2012) de Costa-Gavras, et Wall Street (1987) et Wall Street : l'argent ne dort jamais (2010) d’Oliver Stone.

T. H.

Categorie(s): culture

Auteur(s): Houchi Tahar

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