Abdelaziz Rahabi, ancien ministre, ex-ambassadeur, “Les parties en conflit se revendiquent toutes du soutien du Président”

Liberte; le Lundi 15 Octobre 2018
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Liberté : Que cache exactement la démarche visant à destituer le président de l’APN ?
Abdelaziz Rahabi : Le facteur déclenchant de cette sombre histoire est la conviction par la majorité présidentielle du caractère plus qu’hypothétique du cinquième mandat, à sept mois de l’élection présidentielle.
C’est également la conséquence directe de la vacance du pouvoir présidentiel, qui règle, depuis la première Assemblée de 1964, les désignations des présidents du Parlement. À défaut d’une manifestation claire du chef de l’État, réduit à de rares apparitions protocolaires, son silence est interprété par chacun des groupes comme un signal en sa faveur. En fait, ces groupes ne réalisent pas que dans la nature du système politique algérien, jamais un chef d’État sortant n’a désigné son successeur. De ce point de vue-là, il n’y a rien de nouveau. Ce qui l’est, c’est le positionnement public, anarchique et violent dans la nouvelle configuration annoncée de l’après-Bouteflika.
Il reste que cette situation est normale dans les limites de ce qui est considéré comme tel en Algérie, c’est-à-dire presque tout.

Chaque partie revendique l’onction du chef de l’État, n’est-ce pas une violation du principe de la séparation des pouvoirs ?
Le président Bouteflika est un homme de pouvoir. L’État c’est lui, comme au temps des régimes absolutistes. Il nomme du garde champêtre au président du Conseil de la nation, et ne conçoit les institutions que comme un outil de pouvoir, pas comme un contre-pouvoir.
Tout le monde ou presque s’en est accommodé, chacun à son niveau. C’est seulement pendant les crises que les Algériens réalisent qu’avec tous ses défauts, la démocratie est le moins mauvais des systèmes de gouvernement. C’est pourquoi, il me semble inutile d’aller chercher des outils de règlement démocratique dans un système qui ne l’est pas.
 
Sommes-nous face à une crise institutionnelle ?
Je n’en suis pas sûr, car les institutions sont sous le contrôle absolu du chef de l’État depuis 19 ans. Il s’agit plutôt d’une crise au sein de la majorité présidentielle qui craint de perdre le pouvoir pas forcément en tant que partis. Mais les hommes qui les représentent prennent des risques liés à toute alternance de pouvoir en termes de carrière politique.
C’est aussi une crise d’un régime qui n’a pas su se renouveler, en dépit des profondes mutations de la société et de son environnement international.
Nous étions très peu nombreux à mettre en garde, en 2008, contre l’ouverture des mandats présidentiels et le retour à la présidence à vie. Une sainte alliance entre le commandement de l’armée, les forces conservatrices et le monde des affaires l’a emporté sur le bon sens.
Les expériences dramatiques dans le monde arabe renseignent sur les ravages de la présidence à vie, pourvoyeuse de corruption et d’impunité.

Propos recueillis par :  S. H.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Hammadi Souhila

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