Crise diplomatique entre les Pays-Bas et la Turquie, Bruxelles divisé, un Erdogan arrogant

Liberte; le Mardi 14 Mars 2017
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Le discours, qui frise le mépris du président turc envers les Pays-Bas, a fait peu réagir les États membres de l’Union européenne, dont l’esprit de solidarité a fortement été entamé par la gestion de la crise migratoire de 2016.

De quoi l’Europe a-t-elle peur pour se taire ainsi devant les déclarations “inadmissibles” du président turc islamo-conservateur, Recep Tayyip Erdogan, contre les Pays-Bas, dont le Premier ministre avait expulsé deux ministres turcs samedi, provoquant une grave crise diplomatique entre les deux pays ? En dehors de l’Allemagne et du Danemark, les autres États membres ont affiché un profil bas. La France a même autorisé le chef de la diplomatie turque à assister à un meeting électoral à Metz, en faveur du référendum pour la réforme constitutionnelle en Turquie, qui permettra à M. Erdogan de concentrer tous les pouvoirs entre ses mains. Il a fallu attendre hier après-midi pour entendre Bruxelles réagir, mais de manière assez timide, face aux déclarations du leader islamiste turc. L'UE exhorte Ankara “à s'abstenir de toute déclaration excessive et d'actions qui risqueraient d'exacerber encore la situation”, dans une déclaration de la responsable de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, cosignée par le commissaire Johannes Hahn, chargé de la politique de voisinage de l'Union. “Les questions préoccupantes ne peuvent être résolues que par des canaux de communication ouverts et directs”, ont ajouté Mme Mogherini et M. Hahn. “Il est essentiel d'éviter une nouvelle escalade et de trouver les moyens de calmer la situation”, ont-ils exhorté. Dimanche, dans un discours aux relents nationalistes et fascistes, le président turc a qualifié la décision des autorités néerlandaises d’expulser les deux ministres turcs de comportement rappelant “le nazisme et le fascisme”. Une déclaration qui a fait réagir d’abord le Danemark qui a reporté une visite du chef de la diplomatie turque à Stockholm, ensuite l’Allemagne qui a ouvertement interdit la présence des membres du gouvernement d’Ankara aux meetings électoraux de la diaspora turque. Ce qui était une crise diplomatique entre la Turquie et les Pays-Bas s’est transformé en une crise plus large engageant d’autres pays membres de l’UE qui, en tant qu’institution, semble incapable d’agir pour la défense d’un de ses membres, car Ankara risque d’annuler le fameux accord migratoire prévoyant le renvoi des migrants vers la Turquie moyennant une aide financière conséquente de Bruxelles. Ceci dit, La Haye n’a aucune intention de céder au chantage d’Ankara. Son Premier ministre Mark Rutte a exclu dimanche soir de présenter des excuses de la part du gouvernement, espérant toutefois “une désescalade” de la crise diplomatique entre La Haye et Ankara. “Il est hors de question que des excuses soient faites, ils devraient faire des excuses pour ce qu'ils ont fait hier”, a déclaré à l'AFP Mark Rutte dimanche, prenant la parole à La Haye dans le cadre de la campagne pour les législatives prévues demain aux Pays-Bas. “C'est une demande totalement impossible et folle”, a-t-il ajouté.

Lyès Menacer

Categorie(s): international

Auteur(s): Lyès Menacer

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