DERNIER ESSAI DE GILBERT MEYNIER, L’historien avait plaidé pour un manuel franco-algérien

Liberte; le Lundi 12 Fevrier 2018
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Dans son dernier ouvrage, l’historien avait émis le vœu que soit méditée la possibilité d’aboutir un jour “à l’équivalent franco-algérien du manuel franco-allemand, qui a tenté de donner, au début du XXIe siècle, une histoire à deux voix conciliées, surmontant un contentieux historique plus que séculaire”.

L’historien Gilbert Meynier, disparu en décembre dernier, a publié quelques mois auparavant L’Algérie et la France : deux siècles d’histoire croisée, publié chez L’Harmattan, collection La bibliothèque de l’iReMMO. Cette collection se propose de publier des textes sur tous les aspects de la vie sociale de la Méditerranée et du Moyen-Orient. L’objectif étant de créer une sorte d’encyclopédie où chaque ouvrage vise à faire le point sur un sujet traité dans un souci de le rendre accessible au-delà des cercles spécialisés. Ce à quoi s’était attelé Gilbert Meynier, qui laisse derrière lui une impressionnante œuvre sur l’Algérie, un pays auquel il a consacré plus de quarante ans de recherches. Il faut dire qu’il y travaillait sur le sujet depuis au moins le début des années 2000. À l’invitation de l’historienne Mathilde Dubesset, enseignante à Sciences Po Grenoble, le professeur émérite d’histoire contemporaine Gilbert Meynier avait animé, en novembre 2004, une conférence-débat, intitulée : “1954-2004. Regards croisés sur la question algérienne”. Ce qu’il avait développé dans L’Algérie et la France : deux siècles d’histoire croisée en remontant au début de la colonisation. Dans son dernier ouvrage, l’historien avait émis le vœu que soit méditée la possibilité d’aboutir un jour “à l’équivalent franco-algérien du manuel franco-allemand, qui a tenté de donner au début du XXIe siècle, une histoire à deux voix conciliées surmontant un contentieux historique plus que séculaire”. Il a montré que dans l’Algérie coloniale, les Français étaient originaires de pays méditerranéens (Espagne et Italie) et que les 4/5es des Français provenaient du Midi de la France. Ainsi, ils n’étaient pas considérés, selon lui, comme des Français à part entière, car non francophones — c’étaient en l’occurrence des occitanophones originels —, ils se voulaient plus Français, des “sur-Français”, d’où leur ressentiment pour la masse algérienne colonisée. Forcément, la cohabitation ne pouvait être que problématique. Gilbert Meynier a écrit en outre que l’histoire reste à écrire de ces Français d’Algérie à contre-courant colonial. Il a surpris en évoquant Victor Spielmann, un petit colon ruiné de la région de Bordj Bou-Arréridj, qui fonda le Cri de l’Algérie, un “authentique journal de revendication anticoloniale”. Un titre que le défunt professeur Zahir Ihaddaden aurait sans doute dû classer dans la “presse nationaliste”, qui se manifestera quelques décennies plus tard.
D’où l’évocation des occasions manquées durant la colonisation. Il citera la conférence nord-africaine, qui devait se tenir à Tunis. Laquelle était organisée par le Maroc et la Tunisie, en concertation avec le secrétaire d’État français aux Affaires marocaines et tunisiennes, Alain Savary. Selon Gilbert Meynier, celui-ci était d’accord pour qu’y participent quatre des neuf chefs historiques du FLN – Aït Ahmed, Ben Bella, Boudiaf, Khider. Objectif : “préparer en douceur la décolonisation de l’Algérie en lui conférant un statut d’État indépendant en association avec la France dans un cadre fédéral maghrébin”, étant entendu, expliqua-t-il, que Savary jugeait inéluctable l’indépendance de l’Algérie. Malheureusement, la conférence de Tunis avait bien été sabotée. Il explique par ailleurs que de Gaulle, “ tout militaire dans l’âme qu’il ait été”, fut un politique de premier plan. Il a enchaîné en expliquant que l’historien peut lire les opérations de reconquêtes “Jumelles” et “Pierres précieuses” du plan Challe, en 1959-1960, comme la “preuve par l’absurde qu’il fallait, en bonne politique, négocier”. C’est donc deux années de perdues au moins ? L’ouvrage est difficilement critiquable tellement il est bien écrit et très documenté. Malheureusement, il nous a laissé sur notre faim en ne répondant pas à certaines interrogations ayant ponctué ces 59 pages. À noter que L’Algérie et la France : deux siècles d’histoire croisée devrait sortir en Algérie aux éditions Média-Plus.

M. Ouyougoute

Categorie(s): culture

Auteur(s): OUYOUGOUTE Moussa

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