Kamel Agsous, président de la Bourse de sous-traitance et de partenariat, à “Liberté”, Il existe un “climat de défiance” entre donneurs d’ordre et sous-traitants

Liberte; le Mercredi 26 Septembre 2018
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Kamel Agsous, président de la Bourse de sous-traitance et de partenariat, affirme, dans l’entretien qui suit, que la sous-traitance industrielle n’a pas enregistré d’avancée notable en Algérie. Il nourrit, cependant, une vision résolument optimiste pour l’avenir de cette activité dans le pays, estimant que celui-ci (l’avenir) dépendra en premier lieu de la volonté politique des principaux acteurs à s’impliquer dans l’élimination des contraintes qui y font obstacle. 

Liberté : Quel constat faites-vous de l’évolution de la sous-traitance en Algérie ?
Kamel Agsous : Le débat sur la sous-traitance et l’intégration industrielle en Algérie n’est pas nouveau et force est de constater que le développement de la sous-traitance industrielle n’a pas connu d’avancée notable en Algérie. En effet, le constat est fait en référence aux ratios mesurant la place de l’activité industrielle en Algérie dans la création de richesse, soit 6% du PIB, et celui de l’activité de la sous-traitance dans l’industrie égal à moins de 10% (1 000 entreprises sous-traitantes sur 10 000 entreprises industrielles).
Ces ratios sont nettement plus élevés dans les pays développés ou émergents. Malgré les efforts déployés par les pouvoirs publics ces dernières années, il n’existe pas encore d’articulation entre l’activité industrielle et la sous-traitance industrielle, ce qui serait le gage d’un développement industriel national intégré.

Dans le secteur de la sous-traitance, la réalité est telle que les donneurs d’ordre et les sous-traitants ne se comprennent pas et qu’ils ne font rien pour se comprendre. Pourquoi en est-il ainsi ?
Il faut peut-être nuancer ce jugement en précisant qu’il y a tout de même de petites et moyennes entreprises activant dans la sous-traitance qui génèrent un volume d’affaires intéressant avec les donneurs d’ordre, même si cette activité est nettement en deçà du potentiel existant. De notre point de vue, il ne s’agit pas de volonté des uns et des autres de développer ensemble cette activité, mais bien des contraintes réelles qu’il faut lever pour permettre à la sous-traitance de jouer un rôle de catalyseur dans les processus d’intégration nationale. Sans être exhaustif, il apparaît nécessaire de fluidifier les relations entre sous-traitants et donneurs d’ordre en les faisant évoluer vers des relations de partenariat et impliquant des visions de long terme plus à même d’engager les partenaires dans une action d’ensemble pour surmonter les obstacles rencontrés. La caractéristique de l’activité de sous-traitance en Algérie est que les donneurs d’ordre sont dans leur majorité dans le secteur public et les sous-traitants dans le secteur privé, ce qui crée, pour des raisons d’environnement législatif et réglementaire, un climat de défiance entre les parties et, partant, un blocage dans le développement de leurs relations. Un autre élément à prendre en compte est la mise à niveau des PME sous-traitantes, et cela, pour répondre dans les meilleures conditions aux exigences normatives des secteurs tels que l’énergie, la mécanique ou encore l’automobile. À ce niveau, les pouvoirs publics devraient relancer les mécanismes d’appui à la PME, notamment dans cet aspect de mise à niveau.

Depuis trois ans, la crise économique et financière a poussé les gouvernements successifs dans un rôle économique plus actif dans le développement de la sous-traitance, notamment dans la filière de l’automobile. Mais le processus est encore lent, le secteur de la sous-traitance peine à émerger. Quel est le chaînon manquant, selon vous ?
Il est vrai que l’option d’un développement industriel intégré, notamment par le développement de capacités de sous-traitance locales, est clairement affirmée depuis plus de trois ans, notamment à travers les textes législatifs et réglementaires qui régissent le développement de la PME (loi de janvier 2017 portant création de la PME et article 110 de la loi de finances 2017 destinée à la promotion de la sous-traitance dans les industries de la sous-traitance mécanique, électrique, électronique et automobile,...). Mais les textes à eux seuls sont insuffisants à promouvoir une activité aussi complexe que celle de la sous-traitance industrielle. Il faut, en effet, d’autres mesures qui permettent de lever les contraintes recensées dont on peut citer sans être exhaustif quelques-unes parmi les plus importantes : identification des secteurs arrivés à maturité pour mieux cibler les mécanismes de soutien de l’État ; identification des actions de restructuration et de mise à niveau du tissu industriel ; mécanisme de financement approprié au secteur de la sous-traitance. Toutes ces contraintes et autres mesures citées ci-dessus doivent faire l’objet d’un plan stratégique global impliquant l’ensemble des acteurs concernés par le développement de la sous-traitance (pouvoirs publics, donneurs et receveurs d’ordre, experts,…) dans son élaboration et sa mise en œuvre.

Comment voyez-vous l’avenir de la sous-traitance de manière générale (pétrole, mécanique….) en Algérie ?
L’avenir de la sous-traitance en Algérie dépendra en premier lieu de la volonté politique des principaux acteurs à s’impliquer dans la résolution des contraintes et des problèmes déjà évoqués et sur lesquels un consensus semble s’être établi entre acteurs majeurs de ce processus (pouvoirs publics, entreprises, experts, …). Il dépendra aussi de notre capacité à mettre en place les mécanismes-clés liant les activités industrielles à la sous-traitance (conventions-cadres, procédures d’approvisionnement favorisant le sourcing local, partenariat industriel…). Moyennant ces deux conditions, il existe objectivement dans les nouvelles orientations concernant le développement économique en général et celui du secteur industriel, en particulier des raisons qui nous laissent penser que la sous-traitance industrielle peut retrouver sa place dans un processus-clé du développement industriel. Ces nouvelles orientations concernent, en effet, des secteurs porteurs de sous-traitance, à l’instar de celui de l’énergie, du véhicule industriel, de l’automobile ou encore des énergies renouvelables.
L’identification des secteurs d’activité à même d’entraîner immédiatement la création de PME de sous-traitance, à l’instar du secteur de l’énergie et de la mécanique, est une autre condition pour assurer la réussite du projet national de développement industriel intégré. En effet, les secteurs cités ci-dessus sont dans une phase de maturité qui leur permettra de jouer ce rôle de locomotive de développement de la sous-traitance.

Entretien réalisé par : Youcef salami

Categorie(s): dossier

Auteur(s): Salami Youcef

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