Le FCE et l’UGTA renouvellent leur allégeance à Bouteflika, Pourquoi maintenant ?

Liberte; le Jeudi 19 Octobre 2017
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“Cette motion vient en droite ligne avec l’attitude de la grande majorité de notre peuple”, a affirmé le Premier ministre.

Voilà une “déclaration d’allégeance” qui ne manquera pas de faire jaser dans les chaumières. Le Forum des chefs d’entreprise (FCE) n’a pas manqué l’occasion de son Université d’été hier pour claironner, de nouveau, sa fidélité “indéfectible” au président de la République au moment où rien, d’apparence, ne l’y invite, ni ne le presse.
Avec son “compagnon de fortune”, le syndicat-maison, l’UGTA, le patronat a adressé une motion de soutien au président Bouteflika dans laquelle ils lui ont exprimé “leur soutien, leur attachement indéfectible et leur fidélité”. L'UGTA et les organisations patronales “ont accueilli avec fierté votre appel, lors du dernier Conseil des ministres, aux travailleurs et aux entreprises à redoubler de mobilisation et d'efforts pour l'intensification du développement national. Cet appel renforce notre détermination à nous impliquer davantage dans la mise en œuvre de votre programme présidentiel pour la construction nationale”, écrivent ces organisations. Réitérant leur engagement à agir pour le développement économique, la promotion de la production nationale, le renforcement de l’entreprise et de la justice sociale, “un programme” qui “s’inscrit dans votre noble vision” (…), ces organisations patronales s'engagent également “à fournir les efforts nécessaires pour relever ce défi du développement économique et social et à coordonner leurs actions avec le gouvernement. Ils réitèrent aussi leur détermination à pérenniser le dialogue et la concertation tripartite que vous n'avez cessé d'encourager”.
Invité à cette Université, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, n’est pas en reste. Il a joint sa voix à la partition. Pour ce dernier, cette motion “vient en droite ligne avec l’attitude de la grande majorité de notre peuple, qui ne manque aucune occasion de réitérer son soutien, son appui, son respect et même son affection au président Abdelaziz Bouteflika”.
“Cette communion du peuple avec son Président est la conséquence logique de la politique mise en œuvre depuis 18 années, une politique grâce à laquelle la paix est revenue dans le pays, le développement humain s’est densifié partout, alors que le développement économique a connu un essor réel”, a affirmé Ouyahia. Si l’on ne peut dénier à tout ce “beau monde” la liberté de renouveler leur soutien au président Bouteflika, il reste pour le moins curieux que ceux-là s’expriment dans le cadre d’une activité, somme toute, ordinaire et loin de l’échéance de 2019 si l’on formule l’hypothèse d’un éventuel souhait de Bouteflika de briguer un nouveau mandat.
Que peut bien motiver cet empressement dans ce contexte d’incertitudes politiques ? En insistant sur “leur attachement” et leur “soutien”, l’UGTA et le FCE, mais également Ahmed Ouyahia, suggèrent qu’ils demeurent “unis” autour du président de la République dont la légitimité ne doit en aucun cas être contestée. En décodé : le message s’adresse essentiellement à ceux qui appellent à l’application de l’article 102, comme Soufiane Djilali, à Noureddine Boukrouh qui pointe du doigt l’“incapacité du Président à diriger” et dont le “maintien à la tête de l’État risque de conduire le pays au chaos”, ou encore aux trois personnalités, Ahmed Taleb Ibrahimi, Ali Yahia Abdenour et le général à la retraite, Rachid Benyellès, qui ont appelé récemment à la constitution d’un “front” pour “s’opposer à un cinquième mandat”. Le message, qui rappelle, par certains égards, celui produit à l’issue de la réunion tenue à l’hôtel El-Aurassi au lendemain de “l’incident” de l’École des assurances avec l’ex-Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, peut se décliner également comme un signe, qu’on tente de délivrer, de la cohésion au sein du régime, au moment où on évoque des tiraillements et une guerre en sourdine en perspective de 2019.
Ce qui recoupe les propos d’Amara Benyounès qui rappelle à ceux qui veulent bien l’entendre que “celui qui veut être président n’a qu’à attendre 2019”. Mais cela n’empêchera pas les Algériens de s’interroger sur ce qu’on lui concocte dans ce climat marqué par l’opacité, l’absence de visibilité et un statu quo mortifère…  

Karim Kebir

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Karim Kebir

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