Louisette ighilahriz démissionne du conseil de la nation et révèle, “Personne ne voit Bouteflika en dehors de ses médecins”

Liberte; le Lundi 22 Octobre 2018
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Louisette Ighilahriz n’entend pas cautionner un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika. Et elle ne fait pas que le dire, puisqu’elle joint l’acte “politique” à la parole : démissionner du Conseil de la nation où elle siégeait en tant que sénatrice du tiers présidentiel.
Nommée à ce poste par le président de la République lui-même, en février 2016, l’ancienne combattante de la guerre de Libération nationale remet ainsi son mandat pour ne pas avoir à “défendre un mensonge”. Elle le dit clairement dans une déclaration, hier dimanche, à Liberté Web : “Je suis convaincue que personne ne voit le président Bouteflika en dehors de ses médecins. Je ne sais pas qui le prend en otage. Il est malade et je luis souhaite un prompt rétablissement. Mais les portes sont fermées sur lui. À travers ma démission, j’ai pris des précautions pour ne pas cautionner le cinquième mandat.” Il s’agit là de l’une des plus vieilles amitiés d’Abdelaziz Bouteflika. Et Louisette Ighilahriz n’aurait certainement jamais franchi ce pas, si son action n’était pas nourrie de convictions profondes. Mais la sénatrice démissionnaire n’est pas la première personnalité connue proche d’Abdelaziz Bouteflika à s’inquiéter de la sorte du sort du chef de l’État.
D’autres avant elle, à l’exemple de la moudjahida et notamment ancienne sénatrice au tiers présidentiel, Zohra Drif-Bitat, avaient agi de manière quasi similaire. Une année après la reconduction d’Abdelaziz Bouteflika pour un quatrième mandat, et dans le cadre de l’initiative du groupe des “19”, qui demandait à rencontrer le président de la République pour s’assurer si réellement il gouvernait encore, Zohra Drif-Bitat avait jeté un pavé dans la mare : “Le Président n’est pas totalement informé de ce qui se passe au niveau du pouvoir, qui est pris en otage par un pouvoir parallèle.” Tout comme aujourd’hui, l’Assemblée populaire nationale connaît un scandale sans précédent. Des amendements de la loi de finances 2016 avaient été revus de nuit par des députés FLN qui n’étaient pas membres de la commission des finances et du budget de l’APN. “Je sais que jamais Bouteflika n’aurait été d’accord avec ce qu’ont fait les députés qui prétendent représenter le FLN, c’est-à-dire son propre parti”, avait-elle déclaré dans une conférence de presse organisée par le groupe des “19”, en décembre 2015. Zohra Drif-Bitat évoquait, en ce temps-là, un “coup d’État institutionnel”, comme aujourd’hui Louisette Ighilahriz qualifie la destitution de Saïd Bouhadja de son poste de président de l’APN d’“illégale” et d’“anticonstitutionnelle”. Et Zohra Drif-Bitat, rappelons-le, qui n’avait pas été reconduite au tiers présidentiel du Conseil de la nation, début 2016, avait déclaré à Liberté : “Il n’est pas dit que j’aurais accepté.” L’ancien moudjahid et condamné à mort, Abdelkader Guerroudj, natif de Tlemcen, et tout autant ami et proche d’Abdelaziz Bouteflika, s’était, lui aussi, inscrit dans la même démarche. Après l’affaire de l’emprisonnement du général Hassan, ancien responsable de la lutte antiterroriste dans l’ex-DRS, Abdelkader Guerroudj avait tenu ce propos : “Je sais que le Président n’aurait jamais accepté qu’un général soit traîné dans la boue comme l’a été Hassan.” Une manière de dire, on ne peut plus clairement, que la décision ne provenait pas du chef de l’État.

Mehdi Mehenni

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Mehdi Mehenni

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