Marché des fruits et légumes, La mercuriale en surchauffe

Liberte; le Dimanche 14 Octobre 2018
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Les produits agricoles (fruits et légumes) connaissent d’énormes hausses de prix. La mercuriale s’est mise ainsi en roue libre, dans un marché livré à l’anarchie.

Le constat est alarmant. Qu’on en juge sur pièces : au rayon frais, l’aubergine coûte 80 DA le kg, la carotte 70 DA le kg. La tomate fraîche s’envole à
130 DA le kg, la laitue à 120 DA le kg, la courgette à 130 DA le kg, les haricots verts à 180 DA le kg et la pomme de terre à 85 DA. Quant aux fruits, certains fruits importés se font rares. Et, par conséquent, leur prix a considérablement grimpé.
Ainsi, les bananes, soumises à des taxes, culminent à plus de 400 DA le kg, les kiwis à 2 000 DA et les pommes à 600 DA, voire plus dans certaines villes. Les pommes locales varient entre 250 et 450 DA et les poires oscillent entre 250 et 350 DA.
Les prix sont ainsi hors de portée de la plus grande partie de la population.
Le président de l’Association nationale des commerçants et artisans algériens (Anca), Hadj Tahar Boulenouar, tente de cerner les raisons de l’envolée des prix, parlant d’une perturbation dans l’approvisionnement en produits agricoles dans la période transitoire entre la fin de l’été et le début de l’hiver.
Il ajoute que les fruits et légumes de saison (d’été) ne se trouvent pas en abondance sur le marché en cette période, alors que ceux d’hiver, notamment les produits récoltés dans le Sud, n’ont pas encore mûri et qu’il faut attendre la fin du mois d’octobre, début novembre où l’abondance reviendrait et voir, de ce fait, les prix baisser. Le président de l’Anca reconnaît que, pour ce qui est de la pomme de terre, la tension sur le marché n’est pas retombée du fait que la récolte de pomme de terre à l’ouest du pays n’a pas encore commencé. Et qu’en ce moment, l’offre en pomme de terre fraîche est insuffisante. Aussi, a-t-il révélé, l’on est en train de puiser dans les stocks entreposés dans les chambres froides.
On le fait de manière à ce que les quantités disponibles ne soient pas épuisées rapidement.
Cela nous permet d’assurer convenablement la période qui nous sépare de la prochaine récolte. Pour ce qui se rapporte à la tomate fraîche, Boulenouar a révélé que le produit est affecté par le mildiou, une moisissure qui s’attaque particulièrement à la tomate, à la pomme de terre, aux courges et surtout à la vigne.
Cela pèse évidemment sur la qualité de la récolte et, du coup, sur les prix. Au chapitre des fruits, dit-il, il y a récemment eu une campagne de publicité mensongère pour le melon et la pastèque. En effet, a-t-il ajouté, certains se sont livrés à cette campagne, liant prétendument le choléra à des maladies affectant les cultures de melons et de pastèques. Conséquence, les consommateurs s’en sont détournés et se sont rués vers d’autres produits comme la pomme, les dattes et la banane, créant une tension sur le marché et faisant ainsi augmenter les prix. De plus, a-t-il révélé, si vous prenez le cas de la pomme, il faut corriger le déséquilibre entre l’offre et la demande en la matière, car, poursuit-il, la production de pomme s’établit aujourd’hui à 500 000 tonnes, alors que les besoins du marché dépassent les 600 000 tonnes. Quid des fruits importés ?
Smaïl Lalmas, président d’Algérie Conseil Export (ACE), explique qu’il s’agit de produits interdits à l’importation, mais qui rentrent sous de fausses déclarations, c’est-à-dire que le produit déclaré à la douane est autre que le produit autorisé à l’importation. Et, selon lui, cela se fait souvent avec la complicité de l’administration douanière. Le président de l’Association de protection et d’orientation du consommateur et son environnement (Apoce), Mustapha Zebdi, affirme, lui, qu’il y a, effectivement, des fruits frappés par l’interdiction d’importation, mais qu’on trouve sur le marché. Zebdi n’exclut cependant pas le fait que la domiciliation bancaire qui y est relative peut avoir été établie en 2017. Le 19 décembre de l’année écoulée, Mohamed Benmeradi, alors ministre du Commerce, a annoncé que près de 900 produits seront interdits à l’importation à partir de janvier 2018. La liste est très longue.
On y trouve les fruits et légumes frais dont l’importation est suspendue. Seuls les bananes et l’ail en sont exclus. Le prix de la banane, arrivée au port, est autour de 170 à 175 DA, transport compris. Il faut savoir que le prix de la banane sur les marchés mondiaux varie entre 0,7 et
1,7 dollar, selon les périodes et certains paramètres. Le prix administré en Algérie est de
1,3 dollar, ce qui fait que le prix d’achat est de 149 DA, le transport non inclus, comme le note le président d’ACE. Smaïl Lalmas ajoute que la taxe cumulée sur la banane est de 103%, entre TVA, TAP et TIC. S’y ajoute 1% de taxe de solidarité (CNR). Son prix de vente sur le marché est, par contre, trop élevé, variant entre 350 et 400 DA/kg. Je me rappelle, a-t-il souligné, qu’il était question en libérant l’importation de la banane, que son prix ne devait pas dépasser les 250 DA. Mais, estime-t-il, la réponse est simple : nous avons permis à quelques importateurs de pouvoir disposer d’autorisations d’importation et de se mettre en position de monopole, ce qui leur a permis d’imposer leur politique de prix au détriment du consommateur.

Youcef Salami

 

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Salami Youcef

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