Présentation de la collection des “Petits inédits du Maghreb”, Des textes “inconnus” à la portée du grand public

Liberte; le Jeudi 8 Novembre 2018
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Réalisée sous la direction de Guy Dugas, professeur émérite de l’université Montpellier 3, la maison d’édition El-Kalima a lancé la collection “PIM”, qui permet de rendre accessibles aux lecteurs des textes tirés d’archives, de romans, d’essais, de théâtre, de recueils de poésie…

Les éditions El-Kalima viennent de publier un petit bijou à travers la collection “Djib” (poche). Ces livres d’un format de 11x17 cm, composés de 100 à 150 pages, rassemblent des textes tirés d’archives de romans, d’essais, de théâtre, de recueils de poèmes… Intitulés “Petits inédits maghrébins” (PIM), seulement 4 ouvrages viennent de paraître, en attendant la suite pour 2019. Sur cette collection qui a pour objectif de rendre “accessibles au grand public ces textes inconnus”, Guy Dugas, directeur littéraire du projet et professeur émérite de l’université Montpellier 3, a fait appel à des universitaires, écrivains et historiens pour la réalisation de cette initiative fort ambitieuse et première du genre. Dans sa présentation, il explique que : “La littérature relative au Maghreb a encore de quoi surprendre. Les écrivains nous ont laissé des cartons entiers de textes non publiés, ceux des années 1950 des œuvres radiophoniques, des chroniques ou des feuilletons non recueillis ou égarés”. Aussi, parmi ces archives, on retrouve des correspondances littéraires, des chroniques envoyées aux revues qui “nous obligent à considérer les écrivains maghrébins comme des écrivains-monde, bien au-delà du statut d’écrivains nationaux qu’on leur accorde”. À cet effet, les PIM, permettront aux lecteurs de “partir à la découverte des littératures des pays voisins, faire connaître la littérature algérienne aux lecteurs tunisiens et marocains, initier le lecteur français aux francographies maghrébines et les surprendre tout en dénichant des textes susceptibles de donner tout une autre idée d’écrivains”. Concernant le 1er numéro “Jean Sénac, l’enfant fruitier”, par Guy Dugas, le professeur a précisé avoir tenu à “ce que ce soit un recueil de poésie de Jean Sénac, car ses archives représentent l’exemple type du partage. D’ailleurs, une bonne partie est à la Bibliothèque nationale d’El-Hamma, et une autre partie à Marseille. Nous allons rééditer chez Acte Sud et Barzakh en 2019, l’intégralité de son œuvre”. Quant au 2e numéro, “Abdelkader Hadj Hamou. L’offense” par Hadj Miliani, il a été signalé que “c’est un document historique, sur une pièce théâtrale de Abdelkader Adjamou, écrite en 1910, il est considéré comme l’un des premiers écrivains maghrébins de langue française”.

Espace France accueille les auteurs des PIM
Pour la présentation de ces premiers numéros, l’Espace France de l’IFA, a abrité dernièrement, dans le cadre du Salon international du livre d’Alger (Sila), les auteurs ayant contribué dans la réalisation de ces ouvrages.
Lors de son intervention, l’écrivaine Naget Khadda a présenté “Anna Gréki et Mohammed Khadda. Souvenirs dans le vertige” (3e numéro), en indiquant que : “Ces textes présentés dans ce livre, n’ont pas été édités. Mais il sont sortis dans un petit fascicule, qui a circulé dans des milieux assez restreints”. L’artiste peintre, considéré comme un “élément fédérateur” avait de “grands liens d’amitié” avec la poétesse Anna Gréki. “J’ai connu Anna à travers les souvenirs de mon mari. Ils partageaient l’idéal communiste, le militantisme, et l’espoir de voir l’édification d’une culture algérienne”, a informé l’intervenante. Au sujet des échanges entre le peintre et la poétesse, Naget Khadda a souligné qu’à partir “de ces échanges est née l’idée d’écrire sur la culture algérienne. Il faut rappeler qu’à cette époque (après l’indépendance) au temps du parti unique, il y avait un énorme foisonnement culturel et une très grande liberté d’expression, mais très peu de lieux pour la manifester”. D’ailleurs, les textes compilés dans ces deux ouvrages s’inscrivent autour “des écrits de Gréki sur l’œuvre de Khadda, et la peinture ainsi que sur sa conception de la culture algérienne, notamment sur la question identitaire”. Pour la présentation du 4e numéro “Laadi Flici et d’autres. Alger 1967, Camus, un si proche étranger”, Agnès Spiquel, écrivaine et présidente de la société des études camusiennes, lors de sa communication, est revenue sur son travail de recherche réalisé sans “prendre de position”. Car elle a tenté dans “son introduction d’éclairer sur une problématique, qui est relativement simple : la question de l’algérianité”. Ce livre comporte essentiellement selon l’interlocutrice des articles d’El Moudjahid, des notes manuscrites ainsi que des brouillons datant de 1967. “Cette année-là, il y a eu de nombreuses conférences et de comptes rendus, et l’élément déclencheur fut le tournage du film “L’Etranger”, à Alger”. Suite à la déclaration de Ahmed Taleb Ibrahimi (la même année), “Camus reste pour nous un étranger”, elle a indiqué “nous ne voulions pas mettre dans le livre le texte de la conférence, car elle est connue de tous alors que les archives retrouvées le sont moins. Le plus intéressant est de voir l’implicite de ces textes, et en particulier de ceux qui ne sont pas du discours politique”, a insisté l’écrivaine. Et d’ajouter : “J’ai essayé de ne pas rapporter Camus, seulement sur le débat politique. Ce livre ne vise pas à prendre parti, mais à montrer des textes extrêmement divers”. Tout en concluant : “Ces archives sont importantes, car que ce soient des brouillons ou des articles, ils nous permettent de comprendre comment la jeune République algérienne reçoit l’œuvre de Camus”. Pour sa part, l’historien Christian Phéline, a évoqué sa contribution avec le livre “Ni chemin ni burnous, lettres de révoltés de Marguerite” (5e numéro paraîtra en 2019), un texte qui “sortira du domaine littéraire” pour raconter l’histoire de prisonniers algériens à travers des lettres écrites entre 1900-1903. “Plus de 120 Algériens ont été arrêtés lors de la révolte de Marguerite. Incarcérés durant deux ans, entre l’Algérie et la France, ces hommes avaient participé à une révolte paysanne”, a déclaré l’historien. Cette rencontre autour des PIM, a été riche en enseignements. Grâce à ces archives relevant du littéraire et de l’histoire, plusieurs facettes méconnues de nombreux auteurs ont été dévoilées. À noter que la collection est disponible en librairie à 500 DA l’ouvrage. 

Hana Menasria

Categorie(s): culture

Auteur(s): Hana Menasria

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