Production littéraire en tamazight, Des spécialistes dénoncent les obstacles

Liberte; le Jeudi 8 Novembre 2018
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Le HCA a organisé dans le cadre du 23e Sila, un “Colloque sur la littérature amazighe : genèse, typologie et évolution”, qui a vu la participation de plusieurs spécialistes.

C’est à l’initiative du Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA), présent au Sila 2018, qu’un colloque sur la littérature amazighe : genèse, typologie et évolution, a été organisé, hier, à la Safex d’Alger. Plusieurs spécialistes de la question ont pris part à cet événement. Dans son allocution d’ouverture des travaux du colloque, Si El Hachemi Assad, SG du HCA, a rendu hommage “aux écrivains et éditeurs” en tamazight, qui ont le risque de s’engager dans un domaine où le manque de moyens, de soutien et de lecteurs constituent toujours un obstacle à la promotion de la production livresque en tamazight. Le SG du HCA considère que la dernière sortie du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, concernant la problématique de commercialisation du livre amazighe est importante, tant et qu’elle, estime-t-il, concerne “la rupture définitive avec la gratuité du livre amazigh”. Si El Hachemi Assad a plaidé, dans ce sens, pour la concrétisation sur le terrain des lois de la République, notamment la Loi fondamentale qui a consacré tamazight langue officielle. Il a annoncé, à l’occasion, que le HCA a édité 350 livres et compte en produire un peu plus dans les années à venir. “L’Enag, l’Anep et l’Opu se sont engagées avec nous dans ce domaine”, a-t-il informé. Concernant le thème du colloque, les majorités des intervenants ont mis l’accent sur la nécessité d’insuffler à la création littéraire amazighe une nouvelle dynamique. Cette même dynamique sera un appoint pour assurer un développement et une promotion garantis à la langue et à la culture amazighe. Sauf qu’à côté de ces vœux émis, le manque de volonté politique de la part des pouvoirs publics et des autorités la réelle problématique à l’essor de tamazight. “Il est indispensable d’aider via un fonds propre la création littéraire amazighe pour assurer son développement”, a plaidé Brahim Tazaghart, auteur et éditeur en tamazight. Pour lui, “c’est à l’État de jouer son rôle et d’assumer ses responsabilités, maintenant que la revendication identitaire a abouti à une reconnaissance officielle”, a-t-il dit, soulignant l’engagement exemplaire des écrivains et éditeurs en tamazight. Même constat chez d’autres intervenants, à l’image de Mohamed Salah Ounissi, écrivain et chercheur en tamazight à Khenchela. M. Ounissi est revenu, par ailleurs, sur l’éveil identitaire dans les Aurès. “Au début de l’indépendance et face à la politique d’arabisation tous azimuts adoptée par le pouvoir, le pays chaoui est resté attaché à sa spécificité amazighe, et ce même si les dégâts de l’arabisation sont énormes”, a-t-il dit, ajoutant que dès la prise de conscience, notamment des jeunes, sur le fait identitaire, “l’islamisme est venu”. “Malgré toutes ces agressions, a-t-il enchaîné, une production littéraire amazighe a vu le jour dans les Aurès et elle aspire aujourd’hui se développer et se promouvoir”.
Idem pour les autres intervenants, notamment Dr Saïd Chemakh, Djamel Laceb et Mohand Ouramdane Larab qui ont dénoncé “les obstacles dressés devant l’épanouissement de la production littéraire amazighe”. Ils ont souligné la nécessité de faire de tamazight “un domaine qui garantit une vie digne aux écrivais, aux enseignants et aux producteurs dans cette langue”.
Cela, ont-ils dit, ne se concrétisera pas sans une volonté politique réelle, sincère et désintéressée.     

Mohamed Mouloudj

 

Categorie(s): culture

Auteur(s): Mohamed Mouloudj

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