Réactions de directeurs de journaux, Il ne faut rien attendre des pouvoirs publics

Liberte; le Mardi 14 Novembre 2017
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Prise entre le marteau et l’enclume, la presse écrite fait face, actuellement, à un pouvoir qui use de son monopole sur la publicité étatique et institutionnelle pour asseoir son contrôle et une crise économique qui a affaibli les ressources  et réduit, sensiblement, les marges de manœuvre avec le risque, carrément, de disparaître. Interpellés pour donner leur avis sur la question, ils ont répondu :

Omar Belhouchet, Directeur du quotidien “El Watan” : “Le monopole de l’État sur la publicité est une aberration”
 Avec la crise économique, le volume de la publicité a diminué, et c’est une conséquence logique. Néanmoins, le maintien du monopole de l’État sur la publicité publique et institutionnelle est une aberration.
El Watan, à titre d’exemple, est interdit de publicité institutionnelle depuis l’instauration de ce même monopole en 1993, partant du fait que la ligne éditoriale ne leur convient pas. Encore aujourd’hui, l’argument politique reste d’actualité en plus d’un contexte économique qui ne fait qu’aggraver la situation. Le marché de la publicité en Algérie est l’un des plus faibles en comparaison avec les autres pays du Maghreb. Pour 40 millions d’Algériens, le marché de la pub (public-privé) est à peine de 300 millions de dollars, alors qu’il est le même pour la Tunisie avec une population beaucoup moins importante. Et pour la même population que notre pays, le marché de la pub pèse 1 milliard de dollars au Maroc. C’est dire qu’il existe un réel dérèglement du marché de la pub depuis une vingtaine d’années et les autorités continuent de refuser qu’il existe une loi sur la publicité parce que cela les contraindra à renoncer au monopole qui perdure. La loi actuelle est, d’ailleurs, anticonstitutionnelle. Mais au final, il ne faut pas se voiler la face, il existe des critères politiques qui sont à la base de la non-attribution de la publicité à certains journaux. L’heure est difficile pour tous et il n’est pas exclu de recourir à d’autres augmentations du prix du journal en plus d’adopter des mesures à même de diminuer les charges. Il ne faut rien attendre des pouvoirs publics.

Kamel Djouzi, directeur du quotidien “El Khabar” : “Seule une loi sur la publicité peut organiser le marché de manière impartiale”
Il nous faut d’abord reconnaître que l’espérance de vie de la presse écrite en version papier est limitée dans le temps de par l’évolution des choses. C’est tout simplement la fin d’un cycle.  Cela étant, la crise économique, qui impacte la publicité, vient accélérer ce processus, à plus forte raison que le lectorat (presse écrite papier) se réduit de plus en plus. Cela n’enlève rien du fait que l’argument politique reste toujours de mise dans ce déséquilibre et seule la promulgation d’une loi sur la publicité est à même d’organiser le marché de la publicité de manière impartiale. Le client pourra ainsi opter pour le support de son choix de façon à ce que cela ne relève que de l’acte purement commercial.

Hacène Ouandjeli, Directeur du quotidien “InfoSoir” :“L’avenir est sombre pour la presse écrite”
On peut se cacher derrière l’argument que c’est toute la presse (papier) à travers le monde qui subit la crise, mais il faut reconnaître, tout de même, que ce qui se passe chez nous est un cran nettement au-dessus. On peut nous dire aussi que les pouvoirs publics peuvent disposer à leur guise de la publicité publique, mais il existe un minimum à observer. Pourquoi nous mettre dans une position gênante jusqu’à nous faire sentir que nous sommes en train de quémander ? En plus, il existe un fonds d’aide à la presse qui joue l’arlésienne. Non, nous ne quémenderons pas, ou du moins, je ne quémanderai pas. Je pense sincèrement qu’il n’existe pas d’avenir pour la presse écrite ou, du moins, il apparaît très sombre. Ils ont trouvé, selon leur raisonnement, un palliatif en soutenant qu’il faut se reconvertir en presse électronique, etc., mais ce ne sont là que de mauvais conseils car ce n’est pas à eux de nous imposer des choix. En réalité, c’est juste une manière de ne pas prendre ses responsabilités.

 Nabila Saïdoun

 

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Nabila Saidoun

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