Rencontre avec l’auteur Bernard Deschamps, Hommage aux oubliés de la Fédération FLN de France

Liberte; le Mercredi 7 Novembre 2018
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L’auteur Bernard Deschamps était l’invité de la fondation Asselah Ahmed et Rabah, samedi dernier, où il a évoqué l’épopée héroïque de notre immigration dans le Gard (France). D’ailleurs, cet instituteur ne se lasse pas de venir en Algérie pour y fêter l’Éternel Novembre avec ses camarades, ces “gueules noires” qu’il a connus du temps des barricades dans le Gard et aux côtés desquels il entonnait le chant révolutionnaire “C'est la lutte finale” de l’“Internationale communiste». Généreux jusqu’au bout de son bâton de pèlerin, Bernard Deschamps humanisa le bleu du ciel que les mineurs d’Akbou n’avaient pas dans la cage de “Germinal” et ne voyaient pas dans l’horizon du “puits” lorsqu’ils descendaient au cœur de la terre si noire de charbon. Solidaire, l’humaniste Bernard Deschamps s’était lié avec ces hommes certes “mineurs” de fond, mais conscients de ce besoin de s’affranchir de l’insatiable “boyau” de chair humaine qu’incarnait l’apartheid de l’occupant dans le Gard à forte influence communiste et de la CGT à l’époque où Français Mitterrand (1916-1996) disait : “La seule négociation c’est la guerre.” Autre révélation, en 1954, “les mines de charbon des Cévennes employaient 14 764 ouvriers dont 1 264 kabyles d’Akbou qui y sentaient l’air de leur Kabylie au piedmont bucolique du cévenol languedocien qui avait tant de similitudes avec le Djurdjura”. Et depuis l’été 1962, Bernard Deschamps y vient en Algérie (sa deuxième patrie) pour y retrouver d’anciens camarades de lutte, dont la plupart y résident à Akbou et qui extrayaient de la houille dans le bassin houiller des Cévennes. Au-delà des retrouvailles avec les suppliciés du tristement centre de troupe Hippolyte-du-fort et ceux qui avaient suivi la grève des huit jours (1957), Bernard Deschamps se remémore le temps où il se liguait contre l’injustice avec ses camarades de la vallée de la Soummam, dont Aïssa Mokrane, Mohamed Djenidi et Abdellah Hideche autour des mots d’ordre : «Debout, les damnés de la terre. Debout, les forçats de la faim.» Lieu mémoriel du 20 août 1956, la vallée de la Soummam y incarne le cœur de la lutte armée qui fut exporté par ces mineurs sur le sol même de l’occupant et qui adhéraient à l’Ichtirak (cotisations). Infatigable, Bernard Deschamps s’y consacra à l'étude de l'Algérie pour bâtir l’amitié qui scelle notre pays avec le département du Gard. C’est ainsi qu’il multiplie les colloques pour narrer l'itinéraire de Mohamed Bouricha, Abderrahmane Defnoun et Amokrane Oualiken de la glorieuse équipe de football du FLN, eu égard au thème “Pour une histoire critique et citoyenne” qu’il narre sous l’étendard de l'“Association France-El Djazaïr” qu’il a fondée en 2005. Non qu’il se suffit de discours lors de ses meetings, où il évoque aussi Salah Djebaïli et Kader Firoud de Nîmes Olympique. Loin s’en faut, puisqu’il se veut toujours ce témoin attentif mais aussi actif comme dans le temps où il revendiquait une solution pacifique aux “événements d’Algérie”. D’où l’écriture de deux ouvrages : “Les Gardois contre la guerre d'Algérie” que lui a préfacé l’ancien directeur du journal “Alger Républicain” Henri Alleg né Harry Salem (1921-2013) et “Le Fichier Z”, un essai d’histoire du FLN dans le Gard (1954-1962) préfacé par Ali Haroun aux éditions El Ibriz. L’initiative que l’on doit de concert à la fondation Asselah Ahmed et Rabah et aux éditions El Ibriz de Samira Bendris a permis d’honorer les mémoires de Mohand Chérif Djenkal, Aït Mansour Lounis, Sid Ali, Mokrane Mohand Arezki  et l’héroïne Fatima Krim.

Louhal Nourreddine

Categorie(s): culture

Auteur(s): Louhal Nourreddine

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