Peut-on être heureux en Algérie ?

Tsa; le Mardi 21 Mars 2017
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Le monde a célébré, lundi 20 mars, la Journée internationale du bonheur. Décrétée par l’Onu en 2012, la journée est accompagnée chaque année de la publication d’un rapport mondial sur le bonheur, ou « World Happiness Report » classant 155 pays dans le monde du plus heureux au moins heureux.
Le rapport tente d’établir le classement par le biais de critères objectifs tels que le PIB par habitant, l’espérance de vie en bonne santé ou l’aide sociale, mais aussi en prenant en compte des critères moins objectifs telles que la liberté, la générosité ou encore la perception de la corruption dans le gouvernement ou les affaires.
Sur la base de ces critères, l’Algérie s’est retrouvée en tête du classement des pays les plus heureux du continent africain, et 53e du classement mondial. L’Algérie se classe loin devant ses voisins du Maghreb que sont la Tunisie (102e) et le Maroc (84e), et ne finit pas si loin derrière des pays bien plus avancés tels que le Japon (51e), l’Italie (48e) ou encore la Pologne (46e).
Classer les pays selon leur bonheur laisse pourtant forcément perplexe, tant la notion du bonheur semble ineffable pour chacun d’entre nous. La question du bonheur devient encore plus complexe lorsque l’on prend le cas spécifique de notre pays, notamment lorsqu’entre en considération la notion d’exceptionnalisme algérien. Cette idée fondamentale inhérente à chaque Algérien qu’il y a quelque chose de particulier, de spécial, d’unique à l’Algérie. Malgré le passage des années, jamais cette certitude ne s’est estompée. Ni une guerre d’indépendance éreintante, ni une indépendance confisquée, ni trois décennies de régime socialiste, ni une horrifiante décennie noire, ni une présidence fantôme n’ont réussi à éteindre cette flamme. Au contraire, chaque épreuve traversée a renforcé cette conviction profonde sur le caractère unique du peuple algérien, dans ses défauts comme dans ses qualités.
Cette flamme qui brûle contre vents et marées a néanmoins un prix à payer. Les douloureuses épreuves du passé ont rendu l’Algérien cynique, blasé, indolent. Sa force de caractère et sa capacité à se révolter se sont retrouvées anesthésiées. Sa quête du bonheur a été mise entre parenthèses, tandis qu’il tente désespérément d’assouvir ses besoins primaires : se nourrir, se loger, se reproduire. Le contexte l’a forcé à effectuer des sacrifices. Convaincu que l’un se confond avec l’autre, l’Algérien s’est même parfois vu imposer de troquer sa quête du bonheur pour celle du salut de son âme.
Piégé par les limites de sa propre existence, l’Algérien s’est retrouvé prisonnier de sa propre conscience. C’est ainsi que l’Algérien se refuse chaque jour le droit d’être heureux au profit d’une paix illusoire. Le bonheur est fragile, il ne se décrète pas et n’est jamais inné. Il naît dans les ténèbres et se découvre dans une vie exprimant tout son potentiel. Et l’Algérien, par peur de l’inconnu, refuse d’exprimer ce potentiel. Néanmoins, si l’Algérien se refuse au bonheur, le bonheur se refuse également à lui. Le bonheur continuera en effet d’être inaccessible à l’Algérien aussi longtemps qu’il demeurera maintenu volontairement dans un état de servitude.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Yacine Babouche

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