Sonatrach : les quatre dossiers controversés du règne de Mazouzi

Tsa; le Lundi 20 Mars 2017
137612

Amine Mazouzi n’est plus le PDG de Sonatrach. Il a été remplacé, ce lundi, par Moumen Ould Kaddour, anciennement dirigeant de BRC. Nommé en 2015, Mazouzi n’a pu sortir la compagnie pétrolière de l’ornière. Retour sur les principaux dossiers qui ont marqué son parcours et fini par le pousser à la porte.
Incapacité à redresser la production
Dans les mois ayant précédé son limogeage et jusqu’à ce week-end, Amine Mazouzi se targuait d’avoir fait sortir la compagnie nationale et la production d’hydrocarbures d’une période de déclin : « L’ère de la stagnation est derrière nous », claironnait-il en juin 2016. En réalité, il n’en fut rien. Du moins, un récent rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) appuie là où cela fait mal. La production nationale a bel est bien stagné à 1,11 million de barils par jour entre 2015 et 2016. Et seules les performances des champs pétroliers d’El Merk et d’Ourhoud ont permis ce maintien, selon le rapport.
En réponse, Mazouzi a tenté de défendre son bilan, contestant les chiffres de l’AIE et l’Union européenne, concluant à un déclin – lent mais progressif – des extractions d’hydrocarbures en Algérie. Ils « ont leurs données, leurs hypothèses (…), nous avons nos données », affirmait-il en fin de semaine dernière.
Problème : les marchés ont tendance à se fier aux données officielles d’organismes reconnus tels que l’AIE (qui représente les intérêts des principaux pays consommateurs) et, dans une moindre mesure, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). L’opacité et la gestion en apparence hasardeuse de la Sonatrach ont donc décrédibilisé ses annonces. Il est pourtant vrai que, comme le clamait Mazouzi, l’Algérie est théoriquement mieux placée pour évaluer ses propres réserves.
« Rupture » d’approvisionnement vers la France en plein hiver
En parallèle, un autre événement a émaillé le passage de Mazouzi à la tête de Sonatrach : la « rupture » d’approvisionnement en gaz naturel liquéfié (GNL) vers la France. Par communiqués interposés, une source anonyme de la Sonatrach d’une part et les responsables d’Engie (ex-GDF) et sa filiale GRTgaz d’autre part, les parties prenantes se renvoyaient la balle.
| LIRE AUSSI : Sonatrach s’apprête à renouveler son contrat de livraison de gaz à la France
Dans tous les cas, la responsabilité finale impute à la compagnie nationale, et donc à Mazouzi. Qu’il s’agisse d’une véritable rupture ou d’une communication calamiteuse de la Sonatrach, l’image de cette dernière a pris un sérieux coup.
Renégociations des contrats de fournitures d’hydrocarbures
Le pire est que cette affaire tombe à un moment particulièrement sensible. La majorité des gros contrats de fourniture de gaz aux principaux partenaires (Italie, France, Espagne) arrivent à terme dans les mois ou quelques années à venir (2020). Avec une direction instable, une production chancelante, des cours mondiaux en baisse et une concurrence de la part des producteurs américains d’hydrocarbures de schiste, l’Algérie se trouve dans une position plus que défavorable.
Le cas de la renégociation des contrats avec la compagnie italienne Eni en est un exemple. La Sonatrach a renoncé à indexer les prix du gaz à ceux du pétrole, et a dû accepter de s’aligner sur les tarifs de la plateforme d’Eni, plus proche des prix pratiqués sur les marchés spots. Pour preuve, la partie algérienne n’a soufflé mot sur cette signature. De son côté, le patron italien affichait une grande satisfaction. Bien que cette renégociation suive une tendance mondiale à l’alignement sur les marchés spots, malgré une résistance de la plupart des pays producteurs, c’est néanmoins une perte pour la compagnie nationale et donc pour l’Algérie.
Raffinerie d’Alger : rupture avec Technip
Autre dossier sensible : la rénovation et l’extension de la raffinerie pétrolière d’Alger. Initialement prévu avec le français Technip, pour un montant de 963 millions de dollars, le contrat a finalement été résilié par Sonatrach, qui a également engagé une procédure d’arbitrage internationale contre Technip. La cause ? Le retard accumulé (plus de deux ans) et la rallonge budgétaire de 300 millions de dollars réclamée par la compagnie française.
Une période de flottement a suivi cette résiliation.  Après plusieurs mois de discussions avec Samsung, Sonatrach a finalement confié l’achèvement du projet à la chinoise CPECC pour 410 millions de dollars, pour une livraison en 2019, donc avec 5 ans de retard. L’opacité a régné sur cette opération. Sonatrach n’a jamais fourni d’explications. Dans cette affaire, le groupe public est doublement perdant : il doit débourser 410 millions de dollars supplémentaires (près de la moitié du montant initial) pour achever 30% des travaux restants et attendre deux ans supplémentaires pour réceptionner sa raffinerie.
Sur le même sujet :

Sonatrach : Moumen Ould Kaddour, un PDG déjà fragilisé à la tête d’une compagnie en plein doute
Amine Mazouzi quitte Sonatrach sur une inquiétante controverse
Sonatrach : Mazouzi limogé, Ould Kaddour nouveau PDG

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Tewfik Abdelbari

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..