Abdelhakim Serrar. Ancien président de l’ES Sétif : "Nous, présidents de club, sommes les premiers responsables de l’échec du professionnalisme"

Elwatan; le Vendredi 4 Janvier 2013
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- Quel souvenir gardez-vous de l’année 2012 ?
 

Incontestablement, l’amère désillusion des élections législatives, l’erreur de ma vie. Avec du recul, j’estime qu’un sportif qui a revêtu le vert n’a pas le droit de porter une casquette partisane.

 


- Que retenez-vous d’une telle expérience ?
 

Obtenir 16 000 voix prouve que ma modeste personne, qui s’est présentée avec un nouveau parti, jouit d’une certaine popularité. Une telle expérience s’apparentant à du tourisme politique m’a permis de côtoyer des gens simples et de mieux découvrir différents coins de la wilaya de Sétif. Mais en politique, on ne pénètre pas par effraction comme je l’ai fait !

 


- Pouvez-vous nous livrer les véritables raisons de votre énigmatique démission de la présidence de l’ESS ?
 

Ma démission n’a rien d’énigmatique. Les supporters de l’Entente exigent désormais la Champions League africaine et je n’ai pas les moyens de cette politique. J’ai donc préféré rendre le tablier. La pression de ma petite famille, aspirant à vivre sans stress, a beaucoup pesé sur ma décision. Point barre.

 


- Malgré votre retrait, des questions relatives à votre gestion sont toujours d’actualité. Vos détracteurs vous accusent d’avoir laissé beaucoup de dettes…
 

Tous les clubs algériens sont endettés. Régi par la loi 90/31, le CSA Entente ne peut déroger à la règle. Tout est consigné dans mon dernier bilan du 30 juin 2010. Le bilan de 2012 présenté par Hamar (il nous montre une copie, ndlr) l’atteste. Les dettes et les emprunts sont portés sur les bilans approuvés par le commissaire aux comptes. Même la petite facture du mécanicien y figure. Les dettes virtuelles n’existent que dans certains esprits.

 


- On dit que l’Entente n’a gagné aucun centime lors des transferts de ses joueurs…
 

Ce n’est pas vrai. Les deux Coupes arabes ont ramené à l’Entente 3 millions de dollars. Entre les transferts, la finale de la CAF et les trophées de l’UNAF, le club a bénéficié de 1,1 million d’euros. Par un petit calcul, on peut dire que les caisses ont été renflouées de 3,8 millions d’euros. Les pièces comptables sont là pour prouver mes dires.

 


- Djabou et Hadj Aïssa ont-ils été transférés gratis ?
 

L’investissement sur Hadj Aïssa, resté huit saisons à l’Entente, a été largement amorti. A propos du chèque de 20 millions de dinars en sa possession, en juillet 2010, le joueur avait exigé un chèque de garantie qui lui avait été remis. Le joueur a été par la suite payé. Les décharges et les virements bancaires en font foi. Le dossier remis à la Commission des règlements et litiges (CRL), appuyé par l’encaissement du joueur de 17 millions de dinars, le démontrent. Un huissier de justice s’est déplacé à Batna pour récupérer le chèque. En vain. La question de Djabou est du ressort du dirigeant Arab, qui n’a pas pu prolonger le contrat du joueur en juin 2011, au retour de l’équipe de Tunis. Durant cette période, je me trouvais en congé au Maroc. A l’issue de la saison 2011-2012, le joueur était donc libre de tout engagement. Pour mettre les points sur les i, Djabou, qui avait la possibilité d’aller à l’EST ou à l’OGC Nice, a préféré le CA. Faisant fi de mes conseils, il a signé son contrat à Sétif en présence de son manager.

 


- Qu’en est-il des 150 000 euros de Ziaya ?
 

Le joueur a été transféré à l’Itihad de Djeddah pour 750 000 euros répartis en trois tranches. Ce montant figure dans le transfer matching system (TMS) que nul ne peut falsifier. Les deux premières tranches de 450 000 et 150 000 euros ont été virées à temps. La troisième, de l’ordre de 150 000 euros, n’est toujours pas perçue. Saisie à trois reprises, la direction de l’Itihad n’a pas donné suite.

 


- Qu’avez-vous à dire à propos de l’offre de Belayat qui veut devenir actionnaire majoritaire de la SSPA-Entente ?
 

Même si je ne connais pas dans le détail le projet de Belayat qui a sans nul doute les moyens de sa politique, je salue son courage car gagner de l’argent dans le monde du football n’est pas une mince affaire. Une telle approche va, j’en suis convaincu, faire des émules.

 


- On dit que Serrar est derrière lui…
 

A la tête d’un groupe spécialisé dans la promotion immobilière, qui n’est pas un créneau facile, cet opérateur économique n’a pas besoin de moi pour se lancer dans une telle aventure. Pour la énième fois, cette question ne concerne ni de près ni de loin Serrar, qui a d’autres ambitions.

 


- Une place au bureau fédéral, entre autres, non ?
 

Si Raouraoua considère que Serrar est en mesure d’amener une petite pierre à ce gigantesque édifice, pourquoi pas ?

 


- D’après vous, pourquoi le professionnalisme fait-il du surplace en Algérie ?
 

Les présidents de club, à commencer par moi, sont les premiers responsables de ces tâtonnements, pour ne pas dire de ces échecs. Le moment de céder la place à d’autres est venu. Sachant que les dirigeants qui ont, des décennies durant, conduit leurs clubs avec les subventions publiques ne peuvent du jour au lendemain se transformer en managers de société par actions. La réalité de ces virtuelles SSPA est palpable. Ce n’est pas ce personnel qui va trouver la formule de l’autofinancement ou de la diversification des ressources financières. Hormis la FAF et l’EN, entrées de plain-pied dans le professionnalisme, le reste patauge dans un système hybride.

 


- Que préconisez-vous ?
 

Les nouveaux textes de loi préconisés par les pouvoirs publics, décidés à donner un grand coup de fouet au professionnalisme, exigent des moyens financiers, de la ressource humaine qualifiée, donc du sang neuf. Le temps du bricolage est révolu car le cahier des charges de la FIFA est très regardant sur l’état des sièges du stade, sur la qualité de la pelouse, à propos des premiers soins à prodiguer aux joueurs terrassés par un malaise cardiaque et sur le seuil de finances dans les banques. Celui-ci ne peut pas être inférieur à 40% du budget du club. Aucun club algérien ne répond, à l’heure actuelle, à ces quatre exigences. A mon avis, le moment est venu de céder le témoin aux managers des deux secteurs.

 


- En qualité d’ancien international, que pensez-vous de la liste établie par le sélectionneur  national ? Celle-ci a fait couler beaucoup d’encre…
 

J’estime qu’il a vu juste. Parlant à tort et à travers, les gens oublient que le coach, faisant face à d’innombrables contraintes (blessures, ndlr), a ses raisons. La dernière conférence de presse du président de la FAF a, à mon sens, clarifié beaucoup de choses.  

 


- Certains persistent à défendre la cause des joueurs locaux qui ne sont pas nombreux à faire le voyage en Afrique du Sud. Qu’avez-vous à dire à ce sujet ?
 

Supposés professionnels, 660 joueurs exercent en Ligues I et II. Quand on voit que dans un tel contingent, seuls quatre joueurs, à savoir Amine Aoudia et Amir Karaoui (ESS), Chafai et Ferhat (USMA), sont en mesure de décrocher des contrats à l’étranger (je ne dis pas en Europe), je pense que Vahid ne s’est pas trompé.

 


- Selon vous, l’équipe nationale peut-elle faire bonne figure en Afrique du Sud ?
 

L’EN, qui part en outsider, a, à mon avis, les moyens pour atteindre le carré d’or.    

Categorie(s): sports

Auteur(s): Kamel Beniaiche

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